L’Homme de Vitruve sur 1 000 pièces
L’Homme de Vitruve sur 1 000 pièces

La cour d’appel de Stuttgart a tranché : le fabricant de puzzles Ravensburger est autorisé à reproduire le dessin mythique de Léonard de Vinci sur ses boîtes, malgré l’opposition de l’État italien et du musée vénitien qui conserve l’œuvre. Une décision qui met fin — temporairement — à un affrontement juridique aux allures de casse-tête.

Un chef-d’œuvre à assembler… sans autorisation italienne

Depuis 2009, la firme allemande Ravensburger commercialise un puzzle représentant L’Homme de Vitruve, ce célèbre dessin anatomique de Léonard de Vinci, réalisé vers 1490. Mais en 2019, l’Italie a haussé le ton : selon la Gallerie dell’Accademia de Venise, détentrice de l’original, la reproduction commerciale du dessin nécessite une licence — et donc une redevance. En vertu du Code italien du patrimoine culturel, toute utilisation marchande d’une œuvre publique d’intérêt majeur doit être préalablement autorisée.

Le tribunal de Venise avait d’ailleurs donné raison au musée en 2023, condamnant Ravensburger à cesser la commercialisation et à verser des droits à l’image. Une décision qui surprenait, L’Homme de Vitruve étant, comme toutes les œuvres de Léonard de Vinci, tombé dans le domaine public depuis des siècles.

La justice allemande tranche en faveur du jouet

Mercredi 11 juin 2025, la cour d’appel de Stuttgart a pris le contre-pied de la justice italienne : les juges allemands ont estimé que ni l’État italien, ni la Gallerie dell’Accademia ne disposaient d’un droit général d’interdiction sur l’image d’une œuvre libre de droits. Résultat : Ravensburger peut continuer à vendre ses puzzles, du moins hors d’Italie.

Le bras de fer n’est peut-être pas tout à fait terminé : un ultime recours reste possible devant la Cour de cassation allemande, dans un délai d’un mois.

L’ombre d’un précédent

L’affaire n’est pas isolée. En 2022, le musée des Offices de Florence avait engagé des poursuites contre Jean-Paul Gaultier, accusé d’avoir utilisé La Naissance de Vénus de Botticelli sur plusieurs vêtements sans autorisation. Les pièces avaient été retirées du marché.

Ces tensions récurrentes illustrent une lecture très restrictive du domaine public par les institutions culturelles italiennes. Même lorsqu’une œuvre est théoriquement libre de droits, son exploitation commerciale peut se heurter à une protection spécifique au nom de l’intérêt patrimonial.

Mais à Stuttgart, cette vision a été recalée : pour les juges allemands, l’art universel ne se cantonne pas aux frontières. Pas même celles du droit.

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