La maison Gucci inaugure une nouvelle exposition intitulée « Rencontres autour du bambou », conçue et organisée par le studio 2050+, sous la direction de son fondateur Ippolito Pestellini Laparelli, pour célébrer la place du bambou et son héritage durable dans l’histoire et l’identité de la maison.
L’événement se tient dans les galeries de l’église San Simpliciano, datant du XVIᵉ siècle, à Milan, du 8 au 13 avril, dans le cadre de la semaine du Fuorisalone 2025. Il met en lumière des contributions originales de designers et artistes contemporains du monde entier, invités à réinventer le bambou de manière audacieuse et inattendue.
L’exposition s’inspire de l’approche artisanale novatrice de Gucci amorcée au milieu des années 1940, lorsque la maison introduit le bambou dans la confection des anses de sacs à main – un choix qui devient par la suite l’un de ses symboles les plus emblématiques.
À travers son histoire, Gucci a fait du bambou un matériau unique, chargé de sens multiples, à la croisée de l’art, de la culture et du design. L’exposition vise à prolonger cet héritage, en explorant l’impact continu du bambou et le lien qu’il tisse entre passé et présent dans une évolution constante.
Parmi les œuvres présentées, Dima Srouji, architecte, artiste et chercheuse palestinienne, dévoile « Hybrid Breaths », une pièce mêlant paniers traditionnels en bambou et éléments en verre soufflé artisanal.
Anton Alvarez, artiste suédo-chilien, expose une sculpture inspirée des formes naturelles du bambou, tandis que Laurids Gallée, designer autrichien, revisite le matériau à travers des structures en résine dans son œuvre « Scaffolds ».
L’artiste française Nathalie Du Pasquier présente « Passavento », une création qui repense le bambou en l’associant à des tissus de soie. Le designer coréen Sisan Lee combine quant à lui esthétiques traditionnelles coréennes et techniques modernes pour créer des motifs gravés sur aluminium.
Ippolito Pestellini Laparelli est architecte et commissaire d’exposition. Il concentre son travail sur les intersections entre technologie, politique, design et pratiques environnementales. Il a fondé à Milan le studio pluridisciplinaire 2050+, qui considère l’espace comme un moyen d’intervention, plutôt qu’un objectif.
Le studio 2050+, créé en 2020, explore diverses formes de pratiques spatiales critiques, à l’intersection de la technologie, de la politique et de l’écologie. Il développe des projets mêlant commissariat artistique, recherche, scénographie et architecture.
Parmi les artistes invités, Dima Srouji, basée à Londres, s’intéresse aux pratiques psychogéographiques. Son travail, très narratif, s’articule autour du verre, des textes, des archives, des cartes, des moules en plâtre et des films, abordés comme des entités expressives et des compagnons émotionnels pour sonder les strates culturelles des territoires en conflit.
Anton Alvarez, installé à Stockholm, est reconnu pour son approche novatrice mêlant artisanat traditionnel et technologie. Ses sculptures, défiant les lois de la gravité, donnent l’impression de flotter entre notre monde et un univers parallèle.
Nathalie Du Pasquier, quant à elle, explore depuis des années la relation entre objets et paysages domestiques. Ses dernières œuvres sont des compositions abstraites, inspirées du mobilier traditionnel de pays asiatiques. Dans Passavento, elle imagine le bambou comme un paravent pliable. Ce qui l’a fascinée dans cette matière qu’elle n’avait jamais travaillée, c’est sa forme naturelle : le bambou ne se sculpte pas, mais se découpe simplement, devenant un élément d’assemblage brut mais stable.
Sisan Lee, designer et artiste coréen basé à Séoul, s’illustre dans le design intérieur, la sculpture et le mobilier. Il privilégie une esthétique tirée de la nature, en contraste avec l’industrialisation, en mariant pierres, bois et métaux dans un équilibre subtil entre simplicité primitive et modernité.
Le studio The Back combine quant à lui construction industrielle et créations en néon soufflé à la main, pour produire des installations sculpturales et fonctionnelles. En mettant en lumière les éléments invisibles des processus architecturaux, ses artistes défient les perceptions traditionnelles et entament un dialogue entre le verre cathodique en voie de disparition et le monde numérique contemporain.
Le bambou, enfin, occupe une place centrale dans l’histoire culturelle. Associé aujourd’hui à des matériaux high-tech et à des procédés industriels avancés, il devient un symbole de dialogue entre passé et futur, incarnant l’équilibre entre durabilité et innovation technologique. Ce métissage suggère un avenir où les valeurs traditionnelles coexistent harmonieusement avec l’esprit de progrès.