C’était un 11 juin : Naissance de Christophe-Philippe Oberkampf, le génie des toiles imprimées
C’était un 11 juin : Naissance de Christophe-Philippe Oberkampf, le génie des toiles imprimées

Le 11 juin 1738 naissait Christophe-Philippe Oberkampf, à Wiesenbach dans le Wurtemberg. Ce protestant allemand, formé au métier de teinturier dans la tradition familiale, allait fonder en France l’une des plus célèbres manufactures textiles d’Europe : la manufacture royale de toiles imprimées de Jouy-en-Josas, dont la célèbre toile de Jouy devint le symbole de l’élégance à la française.

De l’atelier familial au succès industriel

Oberkampf débute dans la fabrique d’indiennes de son père, en Suisse. À 18 ans, il travaille à Mulhouse, puis à Paris comme graveur et coloriste dans les ateliers Cottin. Lorsque l’impression sur toile est légalisée en 1759, il s’associe avec Antoine de Tavannes pour fonder, en 1760, une manufacture à Jouy-en-Josas, près de Versailles, choisie pour la pureté de l’eau de la Bièvre.

Son entreprise connaît une croissance rapide. En 1774, elle emploie déjà 900 ouvriers. En 1783, elle obtient le titre de manufacture royale. Grâce à des innovations techniques comme l’impression au cylindre métallique (due à son neveu Samuel Widmer), elle entre dans l’ère industrielle.

La toile de Jouy, aux motifs bucoliques, mythologiques ou exotiques, séduit la cour de Louis XVI et les élites européennes. En 1804, la manufacture s’étend sur 14 hectares, compte 36 bâtiments et emploie jusqu’à 1 600 personnes.

Révolution, Empire, et fin d’un empire

Habile et pragmatique, Oberkampf survit aux bouleversements politiques : naturalisé français en 1770, maire de Jouy-en-Josas dès 1790, il maintient son usine en activité pendant la Révolution. La manufacture est déclarée « utile à la République » en 1794. En 1806, Napoléon lui remet la Légion d’honneur en personne, détachant la sienne pour l’épingler sur sa veste.

Mais après 1805, la situation se dégrade. La guerre, la baisse de la demande et la concurrence étrangère frappent durement l’entreprise. Oberkampf meurt le 4 octobre 1815, à 77 ans, alors que sa manufacture est en crise. Elle fermera définitivement en 1843.

Héritage d’un nom devenu symbole

Enterré dans le jardin de sa maison, Oberkampf laisse derrière lui plus qu’un nom : un modèle d’excellence industrielle, une dynastie d’entrepreneurs protestants, et une esthétique intemporelle. Aujourd’hui encore, la toile de Jouy orne des murs, des tissus et des musées, témoin d’un art de vivre raffiné. À Paris, une rue et une station de métro perpétuent la mémoire de cet homme qui fit rayonner les couleurs du textile français à travers l’Europe.

Partager