Deux expositions simultanées à Paris célèbrent cet automne le lien discret mais profond entre Azzedine Alaïa et Christian Dior. D’un côté, la Galerie Dior dévoile plus de cent pièces rares issues de la collection personnelle d’Alaïa. De l’autre, la Fondation Azzedine Alaïa propose un dialogue inédit entre les œuvres des deux grands couturiers. Un hommage croisé à travers des robes, des silhouettes et une vision commune de la haute couture.
Un collectionneur passionné au regard unique sur Dior
Figure incontournable de la mode contemporaine, Azzedine Alaïa a discrètement constitué, dès la fin des années 1960, une vaste collection de pièces historiques signées des plus grands créateurs. Parmi elles, près de 600 créations issues de la maison Dior – dont une partie importante est aujourd’hui conservée par sa Fondation. Pour la première fois, 101 de ces vêtements sont exposés à la Galerie Dior, offrant un regard inédit sur le travail du couturier et de ses successeurs, de Yves Saint Laurent à John Galliano.
Cette exposition, ouverte jusqu’au 3 mai 2026, permet de découvrir les goûts d’Alaïa en matière de coupes, de matières, et de volumes. Les pièces présentées illustrent notamment son intérêt pour les structures architecturées, les tailles marquées et les silhouettes sculptées. Une passion pour le vêtement comme œuvre d’art, nourrie d’années de recherches, d’acquisitions aux enchères et d’un œil exercé. Selon Olivier Saillard, commissaire de l’exposition, tout ce qui est présenté provient des réserves de la Fondation et n’avait encore jamais été montré au public.
Un dialogue couture entre Dior et Alaïa à la Fondation
En parallèle, la Fondation Azzedine Alaïa accueille jusqu’au 24 mai 2026 une exposition consacrée à la relation artistique entre les deux créateurs. Intitulée Azzedine Alaïa et Christian Dior. Deux maîtres de la haute couture, elle met en scène une soixantaine de modèles, répartis équitablement entre les deux maisons. Ces pièces, présentées dans un espace épuré, illustrent les résonances stylistiques entre les univers des deux couturiers.
Ce rapprochement prend racine dans l’histoire personnelle d’Alaïa, qui fit un bref passage chez Dior en 1956. Cette courte immersion dans les ateliers de l’avenue Montaigne marqua profondément le jeune styliste d’origine tunisienne, qui en garda le souvenir d’une exigence extrême et d’un savoir-faire sans égal. Dès lors, il collectionna les robes de Dior avec autant de soin que de fascination, traquant les signatures, les matériaux, les plis et les volumes.
Au fil du parcours, le visiteur est invité à observer comment le « New Look » de Dior a inspiré Alaïa, notamment dans sa manière de penser le corps féminin, de sculpter les tailles et de jouer avec les matières nobles. Certaines créations des années 1950 dialoguent ainsi avec des modèles imaginés par Alaïa dans les années 2000, dans une continuité surprenante où se répondent techniques, lignes et inspirations. À travers cette confrontation de styles, les commissaires de l’exposition – Olivier Saillard et Gaël Mamine – proposent une relecture sensible et érudite de l’histoire de la haute couture.