Désinformation numérique en Europe : TikTok et Facebook en tête, LinkedIn épargne les internautes(AP)
Désinformation numérique en Europe : TikTok et Facebook en tête, LinkedIn épargne les internautes(AP)

La première grande enquête européenne sur la désinformation en ligne dévoile une carte inédite des risques sur les plateformes numériques. Menée par le consortium SIMODS dans quatre pays (France, Espagne, Pologne, Slovaquie), cette étude révèle que les plateformes sociales ne sont pas égales face à l’intox. Et certaines semblent même la récompenser.

Des écarts flagrants entre plateformes

En analysant l’exposition réelle des utilisateurs à des contenus publics d’intérêt général, les chercheurs ont constaté une prévalence inquiétante sur TikTok, où un post sur cinq contient des informations erronées ou trompeuses. Facebook suit de près avec 13 % de désinformation identifiée, talonné par X (ex-Twitter) à 11 %. YouTube et Instagram restent sous la barre des 10 %, mais restent exposés. Seule exception notable : LinkedIn, qui ferme la marche avec un taux marginal de 2 %, indiquant une modération ou une dynamique de réseau moins propice à la circulation de fausses informations. Au-delà du volume de désinformation, c’est son amplification qui interroge. Les auteurs ont mesuré ce qu’ils appellent la « prime à la désinformation » : un avantage d’interaction dont bénéficient systématiquement les comptes peu crédibles. Concrètement, sur YouTube, ces comptes récoltent huit fois plus d’interactions par post pour 1 000 abonnés que ceux jugés fiables. L’effet est presque aussi fort sur Facebook et Instagram, plus modéré sur TikTok. Sur LinkedIn, en revanche, aucun avantage significatif n’a été détecté, ce qui souligne l’effet protecteur de ses usages professionnels.

Des écarts flagrants entre plateformes

Autre constat accablant : les acteurs peu crédibles ne se contentent pas d’exister sur une plateforme, ils sont présents partout. X et Facebook sont leurs terrains de prédilection, YouTube les accueille à égalité avec les sources fiables, tandis qu’Instagram et LinkedIn leur résistent davantage. Ces profils parviennent souvent à construire des bases d’abonnés non négligeables, parfois proches de celles des sources réputées sérieuses, notamment sur YouTube. Sur la question de la monétisation, les données manquent cruellement. YouTube et Facebook laissent entrevoir une forme de rémunération indirecte pour les producteurs de désinformation, mais les règles floues et l’absence de transparence empêchent toute comparaison systématique. Le rapport appelle à l’activation de l’article 40 du Digital Services Act pour contraindre les plateformes à dévoiler les revenus générés par compte et par contenu. Ce levier est jugé essentiel pour comprendre l’économie réelle de la désinformation. La conclusion est sans appel : la conception même des plateformes influence la visibilité de la désinformation. Là où les algorithmes ou les politiques éditoriales favorisent les contenus sensationnalistes, les fausses informations prospèrent. À l’inverse, des choix techniques rigoureux peuvent freiner cette dynamique. LinkedIn, bien qu’imparfait, en fournit la démonstration. Pour les autorités européennes, ces indicateurs structurels doivent désormais guider la régulation, sous peine de laisser les fausses informations s’installer au cœur du débat public.

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