Et si la prochaine grande révolution en intelligence artificielle ne concernait pas l’homme… mais le dauphin ? C’est l’ambition aussi folle que fascinante portée par Google DeepMind et le Wild Dolphin Project : décrypter le langage complexe de ces cétacés grâce à un modèle de langage entraîné non pas sur des mots, mais sur des sifflements. Son nom : DolphinGemma. Depuis 40 ans, la chercheuse Denise Herzing observe un même groupe de dauphins sauvages aux Bahamas. Jusqu’à présent, malgré une immersion complète, aucune véritable percée n’avait permis de comprendre ce que se racontent ces mammifères au QI redoutable. Google, lui, a décidé de changer la donne en appliquant à leurs vocalisations les mêmes outils que ceux derrière les chatbots.
Un chatbot sous-marin dans votre poche
Le principe est simple : utiliser un modèle de langage de type Gemma — une IA développée par Google — pour analyser des séquences sonores comme on analyse des phrases. Les sifflements deviennent des « tokens », les enchaînements sont prédits, et l’IA peut anticiper la suite d’un signal sonore à la manière de la saisie prédictive de Google. À terme, cette approche pourrait révéler des structures linguistiques inconnues dans les conversations entre dauphins. Mais ce n’est pas tout. L’équipe a mis au point un dispositif interactif baptisé Chat : deux hydrophones, un haut-parleur, un clavier… et un smartphone Pixel, où tourne DolphinGemma. Le tout est utilisé pour jouer un son spécifique lorsqu’un jouet est montré au dauphin. Si l’animal reproduit ensuite le même son pour demander le jouet, cela pourrait être la première pierre d’un vocabulaire partagé entre les espèces.
Vers un dictionnaire interespèces ?
Ce projet fou n’en est qu’à ses débuts. DolphinGemma ne « parle » pas encore dauphin, mais il commence à repérer des motifs, des répétitions, des intentions possibles. Et surtout, il rend enfin envisageable une communication active. Si les tests sur le terrain confirment les espoirs, l’outil pourrait être utilisé avec d’autres cétacés, voire devenir un modèle dans l’étude des intelligences non humaines. Google prévoit de publier le modèle en open source plus tard dans l’année. Un jour peut-être, les enfants demanderont à leur assistant vocal ce que veut dire un sifflement entendu en mer… et obtiendront une réponse.