Le président Donald Trump a ordonné mercredi l’ouverture d’une enquête officielle sur les décisions prises par Joe Biden lorsqu’il occupait la présidence des États-Unis, affirmant que ses proches collaborateurs auraient dissimulé une « dégradation cognitive » et remettant en cause la validité de nombreux documents signés au moyen d’un autopen, un dispositif mécanique reproduisant une signature.
Cette décision marque une escalade majeure dans la volonté de Trump de cibler son prédécesseur, dans un contexte où il cherche à remettre en cause la légitimité d’une série d’actes présidentiels, allant des grâces accordées à des proches à des décrets exécutifs. « Ce complot constitue l’un des scandales les plus graves et les plus préoccupants de l’histoire américaine », a affirmé Trump dans un mémo. Il accuse l’équipe de Biden d’avoir volontairement caché à la population « qui exerçait réellement le pouvoir exécutif ».
Joe Biden a réagi avec fermeté, déclarant mercredi soir : « J’ai pris les décisions pendant ma présidence. J’ai décidé des grâces, des ordres exécutifs, des lois et des proclamations. Toute suggestion contraire est absurde et fausse. » Il a rappelé que l’usage de l’autopen pour signer des textes est reconnu par le ministère de la Justice depuis des décennies, aussi bien sous des administrations démocrates que républicaines.
Trump a confié cette enquête à la procureure générale Pam Bondi et au conseiller juridique de la Maison Blanche, David Warrington. Si les conséquences juridiques d’une telle initiative restent incertaines, elle illustre néanmoins l’obsession persistante de Trump envers Biden, qu’il n’a jamais reconnu comme vainqueur légitime de l’élection présidentielle de 2020.
Parallèlement, la commission de surveillance de la Chambre des représentants, présidée par le républicain James Comer, a demandé à cinq anciens conseillers de Biden de témoigner, les accusant d’avoir participé à une dissimulation visant à cacher l’état de santé de l’ex-président. Les témoignages sollicités concernent notamment Mike Donilon, Anita Dunn, Ron Klain, Bruce Reed et Steve Ricchetti. Comer menace d’émettre des assignations à comparaître s’ils ne coopèrent pas.
Les Républicains s’appuient entre autres sur le livre « Original Sin », coécrit par les journalistes Jake Tapper et Alex Thompson, qui décrit un fonctionnement interne de la présidence Biden dominé par ses conseillers et soulève des doutes sur ses capacités mentales. Biden et ses proches ont fermement contesté ces affirmations, sa petite-fille Naomi allant jusqu’à qualifier l’ouvrage de « pornographie politique pour élites bavardes ».
Les Démocrates dénoncent quant à eux une manœuvre politique. « C’est un rêve brisé que le président Comer poursuit », a ironisé Jamie Raskin, ancien membre influent de la commission. Il a rappelé que les précédentes tentatives d’impeachment contre Biden avaient échoué.
Au cœur de cette polémique figure également la décision de Biden, peu avant son départ, d’accorder la grâce présidentielle à ses frères et à sa sœur, ainsi qu’à plusieurs personnalités politiques impliquées dans l’enquête sur l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Les Républicains estiment que ces actes pourraient être invalidés si l’ancien président était jugé inapte à les avoir décidés lui-même.
Alors que Trump façonne activement le récit de sa présidence retrouvée, cette enquête sur son prédécesseur illustre une stratégie assumée : s’attaquer directement à ceux qu’il accuse d’avoir entravé son pouvoir, en particulier Biden, et faire du passé un terrain de bataille politique à part entière.