Dans un rapport passé au crible grâce à la cellule investigation de Radio France et l’article de Julie Pietri, la Cour des comptes dénonce un enchaînement d’irrégularités, de décisions illégales et même de soupçons de corruption au sein des chambres d’agriculture françaises. Des établissements publics pourtant financés aux trois quarts par l’argent du contribuable, mais que l’État aurait trop longtemps laissés agir sans réel contrôle. La juridiction financière parle de « déficience de l’État » et insiste sur la nécessité d’un relèvement du niveau de vigilance. Entre 2017 et 2025, elle a observé de multiples atteintes à la probité : favoritisme, trafic d’influence, subventions abusives. En Vendée, une aide de 66 000 euros a été attribuée plusieurs années de suite à la FDSEA locale par une chambre elle-même dirigée par ce syndicat. En Île-de-France, ce sont 55 000 euros qui ont été orientés vers les Jeunes agriculteurs en 2020, dans des conditions jugées tout aussi contestables.
Un contrôle de l’État jugé trop laxiste
Le rapport vise non seulement les chambres, mais aussi leurs autorités de tutelle. Les ministères et préfectures sont accusés de passivité, parfois pendant des années. Le Lot-et-Garonne illustre ces dérives : une chambre dirigée par la Coordination rurale a assumé des projets illégaux, comme la construction d’une retenue d’eau, tout en continuant à bénéficier de fonds publics. La préfecture, malgré des alertes répétées, a tardé à réagir. La tête de réseau, Chambre d’agriculture France, est elle aussi mise en cause. Face à des chambres refusant audits et contrôles, certaines allant jusqu’à afficher une « volonté claire de sécession », elle a désormais un pouvoir de sanctions qu’elle est sommée de faire appliquer.
Des positions parfois en opposition avec les politiques publiques
La Cour souligne que ces établissements, censés accompagner la transition agroécologique, freinent régulièrement les ambitions de réduction des pesticides. Leurs prises de position reprennent souvent les arguments des syndicats agricoles dominants. Les résultats restent faibles et en décalage avec les objectifs nationaux. Pour tourner la page, la Cour des comptes propose la mise en place d’un code de conduite destiné aux salariés, afin de limiter l’influence de cadeaux ou d’invitations. Elle pose également la question du maintien en fonction d’élus condamnés. Le constat est sans appel : il faut reprendre les bases et réaffirmer la mission de service public des chambres d’agriculture pour éviter que ces dérives ne se transforment en système.
Que retenir rapidement ?
Dans un rapport passé au crible grâce à la cellule investigation de Radio France et l’article de Julie Pietri, la Cour des comptes dénonce un enchaînement