SOCIÉTÉ Agriculture

Gironde : une immense ferme de saumons à 280 millions d’euros provoque la colère des habitants

Gironde : une immense ferme de saumons à 280 millions d'euros provoque la colère des habitants
Gironde : une immense ferme de saumons à 280 millions d'euros provoque la colère des habitants

Un projet industriel de grande ampleur suscite une mobilisation grandissante sur la côte atlantique. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté au Verdon-sur-Mer, en Gironde, contre la construction d’une gigantesque ferme d’élevage de saumons. Les organisateurs revendiquent 2 000 participants, contre 500 selon la préfecture. Au cœur de la contestation, un projet porté par l’entreprise Pure Salmon, soutenue par un fonds d’investissement basé à Singapour, qui prévoit d’investir 280 millions d’euros pour produire jusqu’à 10 000 tonnes de saumons par an. L’installation, dont la construction pourrait débuter en 2027, s’étendrait sur 14 hectares à proximité de l’estuaire de la Gironde. Présenté comme une opportunité de développement économique et de création d’emplois, le projet divise profondément le territoire. Ses opposants redoutent notamment des conséquences sur les ressources en eau, la biodiversité et les activités traditionnelles de la région.

La future installation repose sur une technologie d’aquaculture terrestre en circuit fermé, permettant de recycler une grande partie de l’eau utilisée pour l’élevage. Pure Salmon prévoit la création d’environ 250 emplois et défend un modèle de production destiné à réduire la dépendance française aux importations de saumon, principalement en provenance de Norvège et d’autres pays producteurs. L’entreprise assure que sa technologie permet de limiter les impacts environnementaux et de garantir des conditions d’élevage contrôlées. Mais ces arguments ne convainquent pas les associations écologistes et plusieurs élus locaux. Les opposants dénoncent notamment les quantités d’eau nécessaires au fonctionnement de l’usine, les rejets potentiels dans l’estuaire et les conséquences d’un élevage intensif sur le bien-être animal. Ils craignent également que l’activité industrielle fragilise les secteurs du tourisme, de la pêche et de l’ostréiculture, essentiels à l’économie locale. Pour les habitants mobilisés, les promesses d’emplois ne suffisent pas à dissiper les incertitudes entourant le projet.

Des autorisations contestées devant la justice

Malgré ces inquiétudes, Pure Salmon a obtenu plusieurs autorisations administratives au cours de l’année 2026. Après un avis favorable rendu en mars par la commission d’enquête publique, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques s’est également prononcé favorablement en juillet. Début août, la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, a signé l’autorisation environnementale, estimant que le projet présentait un intérêt économique et industriel important pour le territoire. Cette décision est intervenue malgré plus de 20 000 contributions recueillies pendant l’enquête publique, très majoritairement défavorables selon les opposants. Plusieurs organismes scientifiques et environnementaux avaient également exprimé des réserves sur les informations disponibles concernant les prélèvements d’eau et les rejets. Le collectif d’opposants, réunissant notamment 13 associations, quatre entreprises locales et 17 riverains, a engagé deux recours devant la cour administrative d’appel de Bordeaux afin de contester le permis de construire et l’autorisation environnementale.

Au-delà du conflit local, cette affaire relance le débat sur l’avenir de l’aquaculture industrielle en France. Le pays figure parmi les grands consommateurs européens de saumon, mais dépend largement des importations pour satisfaire sa demande. Le développement d’élevages terrestres pourrait permettre de produire davantage sur le territoire national, tout en réduisant certains transports internationaux. Cependant, les installations de très grande taille soulèvent de nouvelles interrogations concernant leur consommation énergétique, leurs besoins en eau et la gestion des déchets organiques. Dans une note publiée en mars, l’Ifremer soulignait que les principes de l’aquaculture en circuit fermé étaient connus, mais que les projets de cette dimension disposaient encore de peu de références opérationnelles à travers le monde. Pour les opposants, cette incertitude justifie une approche plus prudente. Pour les porteurs du projet, elle représente au contraire une occasion de développer une nouvelle filière industrielle. Les procédures judiciaires engagées pourraient désormais jouer un rôle déterminant dans l’avenir de cette ferme géante, devenue le symbole des tensions entre développement économique et protection de l’environnement.

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