Le président français a annoncé sur X la mort d’« une humanitaire française de l’Unicef » à Goma, grande ville de l’est de la République démocratique du Congo tombée sous le contrôle du Mouvement du 23 mars (M23). Le chef de l’État a appelé « au respect du droit humanitaire et des personnels qui sont sur place et qui s’engagent pour sauver des vies ». L’identité de la victime n’a pas été rendue publique, mais le choc, lui, traverse déjà les frontières.
Dans la nuit de mardi à mercredi, selon des sources humanitaires, la ressortissante française a été tuée après une frappe ayant touché la maison où elle résidait. Le logement se situe à Himbi, quartier résidentiel au bord du lac Kivu, connu pour accueillir de nombreux expatriés et plusieurs organisations humanitaires. Depuis la prise de Goma, des résidences du secteur ont aussi été réquisitionnées par des cadres du M23, détail lourd de sens quand le front se rapproche des portes et des toits.
Une frappe, une maison, et le brouillard des responsabilités
Une frappe, une maison, et le brouillard des responsabilités Dans la ville, des témoins rapportent plusieurs détonations et des bruits de drones durant la nuit. Des sources humanitaires évoquent des frappes visant plusieurs sites et plusieurs morts, sans bilan consolidé à ce stade. Impossible, pour l’AFP, d’établir avec certitude l’origine exacte de ces frappes : le lecteur le comprend, dans ces guerres-là, les faits s’attrapent au filet, jamais à mains nues.
Des sources sécuritaires contactées par l’AFP avancent une hypothèse : les frappes auraient visé des responsables ou des proches du M23, et la maison de l’humanitaire aurait été touchée « par erreur ». Ce mot (erreur) a l’apparence d’une excuse et la brutalité d’un verdict. Quand les drones deviennent les arbitres du terrain, la ligne entre cible militaire et vie civile se brouille, et ceux qui viennent soigner, nourrir, protéger finissent parfois pris dans l’engrenage qu’ils tentent de ralentir.
Depuis fin 2021, le M23 a conquis de vastes zones dans l’est de la RDC, avec le soutien du Rwanda et de son armée selon de nombreuses sources, dans une région riche en ressources et marquée par trois décennies de conflits. Les forces de Kinshasa, positionnées à plusieurs centaines de kilomètres de Goma, mènent régulièrement des frappes de drones contre des positions du M23 : guerre à distance, conséquences au plus près. Après la mort de cette humanitaire française, la question n’est plus seulement celle des lignes de front, mais celle de la place (et de la sécurité réelle) accordée à ceux qui, sur le terrain, s’interposent entre la violence et les survivants.