Alors que le conclave pour élire le successeur du pape François s’ouvrira mercredi prochain à la chapelle Sixtine, l’idée qu’un Africain puisse être élu pape refait surface. S’il venait du sud du Sahara, ce serait une première dans l’histoire de l’Église catholique. Et si certains fidèles africains osent rêver à cette possibilité, beaucoup se montrent prudents, conscients du poids des traditions vaticanes et des équilibres géopolitiques internes à la curie.
Parmi les cardinaux africains régulièrement cités comme « papabile » — terme utilisé pour désigner les candidats potentiels au pontificat — figurent Robert Sarah (Guinée), Peter Turkson (Ghana) et Fridolin Ambongo (République démocratique du Congo). Tous trois incarnent un catholicisme conservateur, à rebours de l’ouverture prônée par le pape François, notamment sur les questions sociales et l’accueil des fidèles LGBTQ+.
Le cardinal Ambongo, archevêque de Kinshasa, s’est par exemple opposé en 2023 à une déclaration du Vatican permettant aux prêtres de bénir des couples homosexuels de manière non liturgique. Avec les évêques africains, il a signé un texte rejetant cette évolution comme étant « contraire à la volonté de Dieu » et « aux normes culturelles » du continent. Le cardinal Sarah, quant à lui, est l’un des porte-étendards du courant traditionaliste. Partisan de la messe en latin et du silence dans la prière, il n’a jamais caché son opposition aux réformes liturgiques de François, ni à ses initiatives sur le célibat des prêtres.
Malgré ces positions rigides, certains observateurs voient dans un éventuel pape africain un symbole fort pour une Église dont l’avenir démographique se joue désormais loin de l’Europe. Le continent africain accueille environ 20 % des catholiques du monde, et ce chiffre ne cesse de croître. En Afrique, la foi catholique est vivace, portée par une jeunesse nombreuse et active. Pour beaucoup, l’élection d’un pape africain serait un signal de reconnaissance fort.
Mais dans la réalité, peu croient à cette hypothèse. « Ce serait bien, mais je ne me fais pas trop d’illusions », confie Luka Lawrence Ndenge, travailleur humanitaire au Soudan du Sud. « Ce qui compte, c’est un bon pape, un saint homme qui peut unir les catholiques, qu’il soit noir, blanc ou même vert. » Un point de vue partagé par Emily Mwaka, laïque engagée à Kampala, qui refuse de spéculer sur la couleur de peau du futur pontife.
Malgré les espoirs, les précédents laissent sceptiques. En 2005, déjà, le nom du cardinal nigérian Francis Arinze avait circulé dans les médias, sans qu’il ne soit sérieusement envisagé par le conclave. Cette fois encore, le conservatisme supposé des cardinaux africains pourrait séduire certains électeurs hostiles aux orientations du pape François, mais rebuter d’autres, attachés à l’héritage pastoral de son pontificat.
Pour l’Église catholique, le choix du prochain pape sera crucial, tant les fractures internes sont vives. Un pape africain, à condition qu’il sache parler à tous, pourrait être un pont entre les continents et les courants. Un vœu pieux, peut-être, mais que beaucoup sur le continent espèrent voir se réaliser de leur vivant.