Sierra Leone : des responsables accusés d’avoir facilité la construction illégale de villas de luxe dans un parc national (ap)
Sierra Leone : des responsables accusés d’avoir facilité la construction illégale de villas de luxe dans un parc national (ap)

Des dizaines de résidences de luxe ont été construites illégalement dans un parc national crucial pour l’équilibre environnemental de la capitale sierra-léonaise, Freetown, selon une enquête révélée par l’Associated Press (AP) et le média spécialisé The Gecko Project. Un rapport gouvernemental, commandé il y a près de quatre ans par le président Julius Maada Bio mais jamais rendu public, met en cause de hauts responsables pour avoir délivré des documents fonciers en violation de la loi.

Les constructions concernent le quartier de Bio Barray, en partie implanté au sein du Western Area Peninsula National Park, une zone montagneuse que le gouvernement souhaite inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco. Au moins 50 maisons y ont été construites ou sont en cours de construction sur des terrains qui étaient encore recouverts de forêt tropicale en 2019. Sur place, l’AP a constaté que les travaux se poursuivent.

L’enquête, lancée en 2022 à la suite d’un incendie dévastateur près d’un réservoir stratégique, qualifie la déforestation dans le parc de « bombe environnementale à retardement ». Le site abrite en effet un réservoir fournissant environ 90 % de l’eau potable de Freetown. Selon le rapport, la poursuite de la déforestation et des activités humaines pourrait provoquer une « crise de pénurie d’eau ».

La capitale sierra-léonaise est située entre l’océan Atlantique et les collines boisées du parc national, dont de larges portions ont été dégradées ces dernières années par des projets immobiliers, des activités minières, la culture de cannabis et la production de charbon de bois. Les risques de glissements de terrain sont également élevés : une catastrophe survenue en 2017 en bordure du parc avait fait plus de 1 000 morts.

Le comité d’enquête, composé de 13 membres incluant policiers, juristes, représentants d’ONG et un membre de la Commission anticorruption, a analysé des images satellites et examiné des documents administratifs. Il a constaté un « déboisement généralisé et indiscriminé » malgré l’interdiction de construire dans cette zone protégée.

Le rapport indique que des responsables du ministère des Terres, du Logement et de l’Aménagement du territoire savaient que « de vastes étendues » de terres publiques étaient occupées illégalement, mais se seraient montrés « réticents à agir vigoureusement pour des raisons inconnues ». Certains auraient même encouragé ou facilité ces empiètements à des fins personnelles.

Selon le document, l’ancien ministre Denis Sandy aurait signé au moins 175 actes accordant des baux fonciers à des particuliers, ce qui constitue une « violation flagrante » de la législation, notamment de la loi sur les forêts qui interdit tout défrichement et construction dans un parc national. Le rapport recommande des sanctions contre lui et 16 autres responsables nommément cités. Denis Sandy n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

La maire de Freetown, Yvonne Aki-Sawyerr, également environnementaliste et candidate potentielle à la prochaine élection présidentielle, a estimé que le gouvernement était « pleinement conscient de ce qui se passe » et a dénoncé un système où des personnes influentes auraient été autorisées à contourner la loi.

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