« Les janjawids reviennent » : les rescapés du camp de Zamzam en Darfour racontent l’horreur d’une attaque de l’armée paramilitaire
« Les janjawids reviennent » : les rescapés du camp de Zamzam en Darfour racontent l’horreur d’une attaque de l’armée paramilitaire

Vingt ans après avoir fui les janjawids pour se réfugier dans le camp de Zamzam au Darfour, Umm al-Kheir Bakheit, aujourd’hui âgée de 31 ans, a dû fuir une nouvelle fois. Le 11 avril dernier, les héritiers des milices arabes — aujourd’hui connus sous le nom de Forces de soutien rapide (RSF) — ont pris d’assaut ce camp de déplacés devenu le plus grand du Soudan. En trois jours, au moins 400 personnes ont été tuées, selon les témoignages recueillis par l’Associated Press.

« C’était un cauchemar devenu réalité », confie Bakheit, qui a vu les combattants tirer sur des hommes et des femmes dans les rues, frapper, torturer, violer et humilier. Des récits similaires ont été rapportés par une douzaine de survivants et de travailleurs humanitaires présents sur place.

Créé en 2004, le camp de Zamzam, situé près de la ville d’el-Fasher dans le nord du Darfour, abritait environ 500 000 personnes déplacées par les violences des janjawids. Depuis le printemps 2024, le camp était soumis à un blocus de la RSF, affamant lentement la population et privant l’accès à l’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial et d’autres organisations avaient dû se retirer, déclarant une situation de famine dès le mois d’août.

Bakheit raconte avoir survécu des mois en mangeant de l’herbe et des feuilles. Ahlam al-Nour, une autre habitante, a vu mourir sa fille de trois ans, victime de malnutrition sévère en décembre dernier.

Le 11 avril, à 2 heures du matin, des tirs d’artillerie et des explosions ont retenti. La RSF est entrée par le sud du camp, pillant maisons et commerces, incendiant des quartiers entiers. Des femmes ont été violées. Des enfants criaient : « Les janjawids arrivent ! », comme deux décennies plus tôt.

Al-Nour et Bakheit font partie d’un groupe de 200 personnes rassemblées et interrogées brutalement par les paramilitaires, à la recherche de combattants liés à l’armée soudanaise. Deux jeunes hommes ont été exécutés sous leurs yeux. Un autre a été laissé pour mort, sa jambe en sang. D’après Médecins sans frontières, de nombreuses femmes ont été violées, bien plus que les 24 cas déclarés à Tawila, ville voisine.

La RSF affirme qu’elle visait des milices pro-gouvernementales installées dans le camp, et qu’elle souhaitait protéger les civils. Mais sur les réseaux sociaux, une vidéo montre des soldats en uniforme RSF debout à côté de neuf cadavres, se vantant de leurs actes.

Le saccage s’est étendu au camp voisin d’Abu Shouk. À Zamzam, la clinique de l’ONG Relief International a été détruite, neuf soignants tués. Un groupe de 23 enfants étudiant le Coran dans une école religieuse a également été massacré. Des images satellite du 16 avril montrent au moins 1,7 km² du camp réduit en cendres.

Désormais, Zamzam est presque vide. Moins de 2 100 personnes y subsistaient encore mi-avril, selon l’Organisation internationale pour les migrations. Les points d’entrée étaient contrôlés par des véhicules identifiés comme appartenant à la RSF.

Après trois heures de détention, Bakheit et al-Nour ont été relâchées, contraintes de marcher sous un soleil brûlant pour atteindre Tawila, à 64 km. Elles décrivent un paysage apocalyptique : maisons carbonisées, marché dévasté, corps d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés dans les rues. En chemin, certaines personnes se sont effondrées, mortes de faim ou d’épuisement.

« Comme ma mère il y a vingt ans, j’ai dû fuir avec mes enfants », souffle Bakheit. « Les janjawids reviennent encore une fois pour nous tuer, nous violenter, nous effacer. »

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