Alors qu’elle célèbre son cinquantième anniversaire, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) traverse l’une des crises les plus graves de son histoire. Réunis mercredi à Lagos, au Nigeria, les dirigeants du bloc régional ont rendu hommage à cinq décennies d’intégration économique et de coopération sécuritaire, mais les festivités ont été assombries par les défis croissants liés au terrorisme, aux coups d’État militaires, à la pauvreté endémique et aux bouleversements climatiques.
« Nous sommes confrontés aux plus grands défis de notre temps », a reconnu le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, tout en affirmant croire en la capacité du bloc à surmonter ces épreuves. Depuis le début de l’année, les violences djihadistes ont connu une intensification dramatique dans le Sahel, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger — trois pays fondateurs qui ont quitté la CEDEAO après avoir subi des sanctions en réponse à leurs changements de régime par la force.
Ces États dissidents ont formé leur propre coalition, l’Alliance des États du Sahel, tournant le dos aux puissances occidentales et se rapprochant stratégiquement de la Russie. Ils ont également annoncé la création d’une confédération politique, scellant leur rupture avec le projet régional porté par la CEDEAO. Malgré cela, Touray a réaffirmé la volonté du bloc de poursuivre le dialogue avec ces pays.
Outre les crises sécuritaires, la CEDEAO est critiquée pour son manque de fermeté face aux dérives autoritaires. De nombreux observateurs dénoncent son silence lorsque des dirigeants modifient les constitutions à leur avantage. Le cas du Togo illustre cette dérive : le président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, a récemment été nommé président du Conseil des ministres sans limitation de mandat, suscitant l’indignation des partis d’opposition qui dénoncent un « coup d’État constitutionnel ».
Selon des experts comme Beverly Ochieng, analyste à Dakar pour le cabinet Control Risk, la sécurité reste la condition sine qua non pour réaliser les promesses de développement économique et de lutte contre la pauvreté. « Sans stabilité, il est impossible de bâtir une économie robuste dans la région », prévient-elle.
Créée en 1975, la CEDEAO avait pour ambition de promouvoir la paix, la démocratie et l’intégration régionale. Cinquante ans plus tard, son unité est mise à rude épreuve. Entre fractures politiques internes et menaces extérieures, le bloc ouest-africain joue désormais sa survie et sa crédibilité dans un contexte où les populations, souvent déçues, se tournent vers des solutions alternatives — parfois autoritaires.