BEYROUTH — Le gouvernement libanais se réunit ce mardi pour examiner la question explosive de l’arsenal militaire du Hezbollah, dans un contexte de pressions croissantes des États-Unis en faveur d’un désarmement progressif du puissant mouvement chiite soutenu par l’Iran. Cette initiative survient alors que Washington a récemment présenté une feuille de route diplomatique visant à réduire les tensions régionales et à renforcer la stabilité intérieure du Liban.
La réunion du cabinet, prévue à partir de 12h00 GMT, s’annonce particulièrement délicate. Plusieurs ministres ont exprimé en amont leurs inquiétudes quant à la possibilité qu’un engagement explicite contre les armes du Hezbollah ne ravive des divisions communautaires profondes au sein du pays. Le mouvement est à la fois un acteur politique majeur et une force armée parallèle à l’armée nationale, suscitant de longue date un débat sur sa légitimité et sa place dans l’État libanais.
Selon des sources diplomatiques, l’émissaire américain récemment en visite à Beyrouth a soumis aux autorités libanaises un plan détaillé pour amorcer le désarmement progressif du Hezbollah. Celui-ci inclurait notamment des incitations économiques, un soutien à l’armée libanaise et une reprise coordonnée du contrôle sécuritaire sur certaines zones frontalières. Washington espère ainsi affaiblir l’influence militaire du Hezbollah sans provoquer de confrontation directe.
Cependant, cette perspective divise la classe politique libanaise. Certains responsables, en particulier dans les rangs des alliés du Hezbollah, rejettent fermement toute initiative qui pourrait être perçue comme une tentative de démantèlement de la « résistance », un terme que le mouvement utilise pour justifier son arsenal face à Israël. D’autres, notamment au sein de blocs sunnites et chrétiens, estiment au contraire qu’il est temps de remettre en cause la logique d’un État dans l’État.
La question du désarmement du Hezbollah est depuis des années un point de friction majeur dans le débat national, mais elle prend aujourd’hui un relief particulier en raison des tensions accrues à la frontière sud du Liban, de la crise économique sans précédent qui secoue le pays, et des efforts de médiation internationaux pour éviter une escalade militaire avec Israël.
Toute décision du cabinet sur ce sujet pourrait avoir des répercussions politiques majeures, voire déstabilisantes. À l’heure actuelle, aucune motion formelle n’a été annoncée, mais des discussions préliminaires devraient permettre de mesurer l’ampleur du consensus — ou de la fracture — autour de cette épineuse question. Le sort de la feuille de route américaine dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement libanais à maintenir l’équilibre fragile entre les différentes composantes de son paysage politique.