C'était un 4 juin : La bataille de Midway, tournant de la guerre du Pacifique
C'était un 4 juin : La bataille de Midway, tournant de la guerre du Pacifique

Le 4 juin 1942, au large de l’atoll de Midway, au cœur de l’océan Pacifique, des escadrilles de bombardiers en piqué américains fondent sur la flotte japonaise et envoient par le fond trois porte-avions en l’espace de quelques minutes. C’est le moment décisif d’une bataille qui durera du 3 au 6 juin et qui s’achèvera par la perte totale des quatre porte-avions engagés par le Japon, l’Akagi, le Kaga, le Sōryū et le Hiryū, contre un seul côté américain, le Yorktown. Pour la première fois dans l’histoire navale, deux flottes s’affrontent sans jamais se voir, sans qu’aucun navire de surface n’échange un seul tir : c’est l’aviation embarquée qui décide seule du sort de la bataille. Midway met brutalement fin à six mois d’expansion japonaise foudroyante dans le Pacifique et marque le début d’un renversement irréversible.

Un piège tendu par les Américains

Pour comprendre Midway, il faut remonter à la stratégie de l’amiral Isoroku Yamamoto, commandant en chef de la flotte japonaise. Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le Japon avait conquis en quelques mois les Philippines, la Malaisie, Singapour et les Indes néerlandaises. Mais les porte-avions américains, absents de Pearl Harbor lors du raid, restaient intacts et constituaient une menace permanente, comme l’avait démontré le raid de Doolittle sur Tokyo en avril 1942. Yamamoto décide de les attirer et de les détruire en lançant une offensive contre l’atoll de Midway, qu’il estime que les Américains défendront coûte que coûte. Il rassemble pour cela une flotte colossale d’environ 200 navires, dont quatre porte-avions d’attaque. Ce que Yamamoto ignore, c’est que les cryptanalystes américains ont percé le code secret de la marine japonaise : l’amiral Chester Nimitz connaît les détails et le calendrier de l’opération avant même qu’elle ne débute. Il place ses trois porte-avions, l’Enterprise, le Hornet et le Yorktown, réparé en urgence en 72 heures à Pearl Harbor alors qu’il aurait dû nécessiter plusieurs mois de travaux, en embuscade au nord-est de l’atoll. Les Japonais, convaincus que le Yorktown a été détruit lors de la bataille de la mer de Corail en mai, ne s’attendent qu’à en affronter deux. Le 3 juin, un hydravion de reconnaissance américain repère la flotte d’invasion japonaise. Le piège est en place.

Trois minutes qui changent la guerre

À l’aube du 4 juin, les avions japonais pilonnent les installations de Midway, laissant la base en flammes. Mais l’amiral Nagumo, qui commande les quatre porte-avions japonais, reçoit alors des informations contradictoires : ses avions devaient-ils être réarmés pour une seconde frappe sur Midway, ou gardés avec leurs torpilles pour attaquer une flotte ennemie ? Cette hésitation fatale le conduit à changer deux fois l’armement de ses appareils au moment précis où les ponts de ses navires sont encombrés d’avions, de carburant et de munitions. C’est dans cet instant de vulnérabilité maximale que les bombardiers en piqué Douglas SBD Dauntless de l’Enterprise et du Yorktown fondent sur la flotte japonaise. En moins de cinq minutes, le Kaga, l’Akagi et le Sōryū sont en feu. Le seul porte-avions japonais encore intact, le Hiryū, riposte et parvient à endommager gravement le Yorktown, qui sera finalement coulé le 6 juin par un sous-marin japonais. Mais les Dauntless localisent le Hiryū dans l’après-midi et le condamnent à son tour. Yamamoto, horrifié par l’ampleur du désastre, ordonne la retraite. En trois jours, le Japon a perdu ses quatre meilleurs porte-avions, un croiseur lourd, 248 avions et plus de 3 000 hommes, dont une grande partie de ses meilleurs pilotes, irremplaçables. Les États-Unis, dont la supériorité industrielle leur permettra de multiplier leurs porte-avions dans les mois suivants, tiennent désormais l’initiative dans le Pacifique. L’Empire du Soleil Levant, qui avait défié la puissance américaine, est désormais voué à une inéluctable défaite.

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