HISTOIRE - Armistice du 11 novembre 1918, jour de paix. Récit des dernières heures de la Première Guerre mondiale: "Le front s’est tu. Le vent dans les arbres remplace le tonnerre des canons. Les uns rient, d’autres pleurent." (Photos : AP)
HISTOIRE - Armistice du 11 novembre 1918, jour de paix. Récit des dernières heures de la Première Guerre mondiale: "Le front s’est tu. Le vent dans les arbres remplace le tonnerre des canons. Les uns rient, d’autres pleurent." (Photos : AP)

Par Jérôme Goulon.

Le 11 novembre 1918 reste l’un des jours les plus marquants du XXe siècle. Il est 11h00 précises lorsque les canons se taisent enfin sur le front occidental. Après plus de quatre années d’un conflit d’une violence inouïe, l’Europe retient son souffle. Ce n’est pas encore la paix officielle, mais c’est la fin des combats, la fin du cauchemar qui consume des nations entières depuis l’été 1914. Au total, la Première Guerre mondiale aura causé plus de 16 millions de morts et 20 millions de blessés à travers le monde, laissant une Europe traumatisée.

World War I Came To An End On Nov. 11, 1918, When The Signed Armistice Came Into Effect, But The Aftermath Of The War Is Still With Us. The United States, Which Sent Thousands Of “Doughboys” To Fight In France Like Those Shown Charging Over The Top Of A Trench, In 1917, Emerged A Reluctant Leader Of The World. (Ap Photo) Ap Photo
La Première Guerre mondiale prend fin le 11 novembre 1918, lorsque l’armistice entre en vigueur, mais les conséquences de la guerre sont encore présentes. Les États-Unis, qui ont envoyé des milliers de “doughboys” combattre en France, comme ceux train de sortir des tranchées en 1917, sont devenus un leader mondial à contrecœur.

Une guerre à bout de souffle

Depuis plus de quatre ans, la Première Guerre mondiale bouleverse le monde. Des millions d’hommes se terrent dans les tranchées, victimes des obus, des gaz, de la faim et des épidémies. L’année 1918 marque l’épuisement des belligérants. L’Allemagne, dernier grand empire des puissances centrales encore debout, chancelle. Ses lignes reculent sous la pression des offensives alliées, soutenues par l’arrivée massive des troupes américaines.

L’économie du Reich s’effondre sous le blocus maritime. Les villes manquent de vivres, les usines tournent au ralenti, et la population souffre de la faim. Dans la marine et l’armée, les mutineries éclatent. Le 9 novembre, l’empereur Guillaume II abdique et se réfugie aux Pays-Bas. À Berlin, la République allemande est proclamée dans un climat de révolution. Deux jours plus tard, une délégation du nouveau gouvernement prend la route vers la forêt de Compiègne pour demander un armistice.

The German Delegation, Erzberger, Obendorff And Winterfeld, At Left, Talk To French General Weygand, Facing Camera At Right, As They Wait For The Start Of The Train To The Armistice Conference In Forest Of Compiegne, France, Nov. 11, 1918, Which Ended World War I. (Ap Photo) Ap Photo
La délégation allemande, composée d’Erzberger, Obendorff et Winterfeld, à gauche, s’entretient avec le général français Weygand, face à la caméra à droite, alors qu’ils attendent le départ du train pour la conférence de l’Armistice dans la forêt de Compiègne, en France, le 11 novembre 1918, qui met fin à la Première Guerre mondiale.

La clairière de Rethondes : un décor de fin du monde

Au cœur de la forêt de Compiègne, dans une clairière perdue appelée Rethondes, un wagon-restaurant de la Compagnie des Wagons-Lits est transformé en salle de négociation. Dans la nuit glacée du 10 au 11 novembre, les représentants allemands et alliés s’y retrouvent.

Le maréchal Ferdinand Foch, commandant suprême des armées alliées, dirige les discussions. Face à lui, Matthias Erzberger, délégué civil du gouvernement allemand, sait que tout est perdu. L’atmosphère est lourde, presque irréelle. Les conditions imposées par les Alliés sont sévères, mais l’Allemagne n’a plus de force pour résister.

À 5h15 du matin, l’armistice est signé dans un silence glacé. Pourtant, il n’entre en vigueur qu’à 11h00, le temps de transmettre l’ordre aux troupes. Durant ces cinq heures suspendues, on continue à se battre en sachant que la guerre va cesser. C’est l’attente la plus longue et la plus absurde de l’histoire militaire moderne.

This Picture, Made At The Close Of World War I, Shows Allied Officials Dismounting From The Railway Car Where They Dictated The Terms Of The Armistice, Nov. 11, 1918. Gen. Maxime Weygand Is Second From Left, Marshal Foch Fourth From Left. In This Same Car In Compiegne Forest, Adolf Hitler Handed France His Armistice Terms On June 21, 1940. (Ap Photo) Ap Photo
Cette photo, prise à la fin de la Première Guerre mondiale, montre des responsables alliés descendant du wagon de chemin de fer où ils ont dicté les termes de l’armistice, le 11 novembre 1918. On peut voir le général Maxime Weygand (deuxième en partant de la gauche) et le maréchal Foch (quatrième en aprtant de la gauche).

Les clauses de l’armistice

Le document signé à Rethondes comprend 34 articles répartis en plusieurs sections. Il ordonne l’arrêt immédiat des hostilités sur terre, sur mer et dans les airs. L’armée allemande doit se retirer derrière le Rhin, tandis que les Alliés occupent plusieurs têtes de pont, Mayence, Coblence et Cologne. L’Allemagne remet des milliers de canons, de chars, d’avions et de navires. Les prisonniers alliés sont rapatriés, et les territoires français et belges libérés.

Mais la guerre n’est pas encore terminée sur le plan diplomatique : le blocus naval allié demeure en place jusqu’à la signature d’un traité de paix. Ce n’est que le 28 juin 1919, dans la Galerie des Glaces du château de Versailles, que le traité du même nom met officiellement fin à la guerre.

American Troops Cheer After Hearing The News That The Armistice Has Been Signed, Ending World War I In Nov. 1918. They Are Located On The Front Northeast Of St. Mihiel, France. Similar Celebrations Took Place All Along The Line Where The Americans Were Engaged In An Offensive. (Ap Photo) Ap Photo
Les troupes américaines acclament la nouvelle de la signature de l’armistice, mettant fin à la Première Guerre mondiale en novembre 1918. Elles se trouvent sur le front au nord-est de Saint-Mihiel, en France. Des célébrations similaires ont eu lieu tout le long du front où les Américains menaient une offensive.

Le dernier matin de guerre

Le 11 novembre à l’aube, le vacarme des combats gronde toujours. Les soldats savent que le cessez-le-feu prendra effet à 11h00, mais les offensives continuent. Certains officiers veulent avancer encore, prendre une dernière position avant la fin. Dans ces dernières heures insensées, des centaines d’hommes tombent encore.

Le Français Augustin Trébuchon, agent de liaison du 415ᵉ régiment d’infanterie, est abattu à 10h45 alors qu’il transmet un message informant ses camarades du repas prévu « après l’armistice ». L’Américain Henry Gunther, du 313ᵉ régiment, meurt à 10h59, une minute avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Dans les tranchées, des artilleurs tirent encore, par réflexe ou par symbole, leurs dernières salves.

Puis, à 11 heures précises, le silence tombe. Sur 700 kilomètres de front, les armes se taisent. Les soldats sortent prudemment de leurs abris, se regardent sans un mot. Certains rient, d’autres pleurent. Les cloches sonnent dans les villages libérés. Après quatre ans d’enfer, la guerre s’arrête enfin.

French Soldiers Reading The First Armistice Terms. 1918 (Ap Photo) Ap Photo
Des soldats français lisant les premiers termes de l’armistice.

La joie et le deuil

En France, la nouvelle se répand à une vitesse fulgurante. À Paris, Lyon, Marseille, et aussi New York, les rues se remplissent en quelques minutes. On chante, on crie, on s’embrasse. Mais la joie s’accompagne d’une peine immense : plus de 1,3 million de soldats français ont péri, et des millions d’autres rentrent mutilés, aveuglés, hantés par les tranchées.

Dans tout le pays, le deuil s’installe. En 1920, un Soldat inconnu est inhumé sous l’Arc de Triomphe, symbole de tous les disparus sans sépulture. Deux ans plus tard, le 11 novembre devient jour férié, consacré à la mémoire des morts pour la France. Depuis lors, la flamme du souvenir brûle en continu sous l’Arc, ravivée chaque soir.

Every Citizen Of Paris Appears To Be On The Place De L'Opera Following The News Of Signing Of The Armistice Treaty, Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Les Parisiens se réunissent sur la Place de l’Opéra après l’annonce de la signature du traité d’armistice, le 11 novembre 1918

Field Marshal Ferdinand Foch And His Generals Look On During The Armistice Day Parade In Strasbourg, France, Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Le maréchal Ferdinand Foch et ses généraux observent le défilé du Jour de l’Armistice à Strasbourg, le 11 novembre 1918.

A Truckful Of Jubilant Celebrants Cheer Along Broadway Near Times Square In New York City As News Of The Armistice Spreads On Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Des hommes et des femmes acclament la nouvelle de l’armistice sur Broadway, près de Times Square à New York, le 11 novembre 1918.

L’Europe ruinée et affaiblie, mais porteuse d’un immense espoir

L’armistice du 11 novembre 1918 ne marque pas seulement la fin d’une guerre : il ouvre un nouveau chapitre de l’histoire mondiale. L’Europe sort ruinée, affaiblie mais porteuse d’un immense espoir : celui que jamais une telle tragédie ne se reproduise. Pourtant, les conditions du traité de Versailles, perçues comme humiliantes par les Allemands, attisent un ressentiment profond. Ce malaise prépare le terrain à la montée du nazisme et, vingt et un ans plus tard, au déclenchement d’un second conflit mondial.

La clairière de Rethondes, théâtre de la signature, devient un lieu de mémoire. Le wagon de l’armistice est conservé, exposé, puis détruit en 1940 sur ordre d’Adolf Hitler, qui veut effacer le symbole de la défaite allemande. Après la Seconde Guerre mondiale, le wagon est reconstruit à l’identique et reste aujourd’hui un site historique et un lieu de recueillement.

This Was The Scene In France When News Of The Signing Of The Armistice Treaty Was Heard, Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Scène de joie en France lorsque la nouvelle de la signature du traité d’armistice est annoncée, le 11 novembre 1918.

Women Dance In The Street Below The Window Of The Mayor'S Office At City Hall In New York On Armistice Day, Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Des femmes dansent dans la rue sous la fenêtre du bureau du maire à l’hôtel de ville de New York, le jour de l’Armistice, le 11 novembre 1918.

Récits de soldats du 11 novembre 1918

Les témoignages de ceux qui vivent ce jour sont bouleversants. Louis Barthas, tonnelier du 296ᵉ régiment d’infanterie, écrit dans son carnet : « Quand la nouvelle tomba, un grand silence se fit. On se regardait, éberlués, comme si on n’y croyait pas. Puis les uns se mirent à rire, d’autres pleuraient. Il y avait tant d’années de souffrance dans ce silence. »

L’écrivain et soldat allemand Ernst Toller confie : « Le front s’est tu. Le vent dans les arbres remplace le tonnerre des canons. Mais dans nos cœurs, la guerre continue. Nous rentrons dans un pays que nous ne reconnaissons plus. »

Un poilu du 132ᵉ régiment d’infanterie note dans son carnet : « À onze heures, tout s’arrête. Les Boches sortent de leurs trous comme nous. On se regarde longtemps, sans mot dire. Et puis, sans savoir pourquoi, on se serre la main. »

Le sergent américain Arthur Bullard écrit : « On n’entend plus que les oiseaux. C’est la première fois depuis quatre ans que j’entends le silence. Je crois que c’est à ce moment-là seulement que je comprends ce qu’est la paix. »

Le 11 novembre 1918, à 11h00, le monde bascule du vacarme à la paix. Ce jour suspendu, où le silence remplace la mort, reste à jamais gravé dans le souvenir collectif…

Old And Wounded French Veterans Are Seen In The Parade On The Champs Elysee In Paris, During Celebrations For The First Armistice Day, Nov. 11, 1918. (Ap Photo) Ap Photo
Des soldats français, blessés, sont vus dans le défilé sur les Champs-Élysées à Paris, lors des célébrations du premier Jour de l’Armistice, le 11 novembre 1918.

American Infantry Celebrate News Of Armistice On Nov. 11, 1918 In France. (Ap Photo) Ap Photo
L’infanterie américaine célèbre la nouvelle de l’armistice le 11 novembre 1918 en France.

The Tomb Of The Unknown Soldier During Commemorations Marking The 106Th Anniversary Of The November 11, 1918, Armistice, Ending World War I, At The Arc De Triomphe In Paris, Monday, Nov. 11, 2024. ( Ludovic Marin, Pool Via Ap) Ludovic Marin, Pool Via Ap
La Tombe du Soldat Inconnu lors des commémorations de l’armistice du 11 novembre 1918, sous l’Arc de Triomphe à Paris.

Que retenir rapidement ?

Par Jérôme Goulon. Le 11 novembre 1918 reste l’un des jours les plus marquants du XXe siècle. Il est 11h00 précises lorsque les canons se taisent enfin sur

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