Dans les entrailles du port de Fos-sur-Mer, la marchandise ne dort jamais. Début mars, les douanes françaises y ont mis la main sur un butin hors norme: 26 tonnes de cigarettes dissimulées dans deux conteneurs en transit, une saisie que l’administration présente comme un record.
Tout commence fin février, avec deux unités de fret expédiées depuis les Émirats arabes unis et annoncées, sur le papier, comme de simples cargaisons de papier hygiénique. Destination officielle : l’Italie. À l’arrivée, après transbordement à Fos-sur-Mer, les services douaniers de Marseille les retiennent pour un contrôle et ordonnent leur déchargement dans l’enceinte portuaire, là où l’oeil des agents cherche la petite incohérence qui trahit les grands trafics.
Le 3 mars, le scanner parle. Il montre des anomalies, deux types de marchandises là où une seule est déclarée. L’ouverture confirme le soupçon: des cartouches de cigarettes, planquées derrière des palettes de lingettes pour bébé et dissimulées sous des toiles de jute, comme si un emballage du quotidien suffisait à faire oublier l’odeur du tabac et l’ampleur de l’opération.
Un record à l’arrivée, un message aux trafiquants
Le contrôle complet, réalisé le lendemain dans un entrepôt sécurisé, livre le chiffre brut : 136 450 cartouches, près de 26 tonnes de tabac. Les marchandises frauduleuses sont saisies et placées sous scellés. Le reste, ce papier hygiénique et ces lingettes utilisés comme paravent, fait l’objet de prélèvements pour analyse et pourrait finir donné à des associations si la conformité aux normes européennes est confirmée, ironie discrète d’une fraude qui se voulait invisible.
Coulisses rarement racontées, l’opération a mobilisé plusieurs équipes: la division portuaire Marseille-Fos, le Centre de ciblage maritime de Marseille, la brigade scanner mobile de Fos-sur-Mer et la brigade de surveillance extérieure de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Un travail de fourmi, fait de ciblage, de patience et de procédures, dans un port où le volume de conteneurs oblige à choisir vite et juste, sous peine de laisser passer le mauvais lot.
Derrière ces palettes de lingettes se joue une bataille plus large, celle d’un trafic organisé qui profite des routes commerciales ordinaires et de l’illusion du banal. À Fos-Marseille comme ailleurs, les douanes annoncent le record, les réseaux s’adaptent, et la prochaine cargaison, elle, attend déjà son tour quelque part entre un quai et un manifeste de transport.
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