France : la fécondité recule dangereusement en 2025
France : la fécondité recule dangereusement en 2025

Avec 645 000 naissances pour 651 000 décès en 2025, la France enregistre un déficit naturel inédit à cette échelle depuis des décennies. Longtemps considérée comme une exception en Europe grâce à une fécondité relativement élevée, elle rejoint désormais la trajectoire de ses voisins.

L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025. Ce niveau reste supérieur à la moyenne européenne, autour de 1,38, mais il est le plus bas observé en France depuis la Première Guerre mondiale. La rupture n’est pas brutale, elle est progressive. Depuis 2014, la baisse s’est accélérée après un pic à un peu plus de deux enfants par femme en 2010.

Des enfants plus tard, et souvent moins nombreux

L’âge moyen à la maternité ne cesse de reculer. Il atteint désormais 31,2 ans, contre 29,6 ans vingt ans plus tôt. Ce report joue mécaniquement sur les statistiques annuelles. L’indicateur conjoncturel de fécondité est sensible au calendrier des naissances. Si les enfants arrivent plus tard, l’indicateur baisse, même si la descendance finale d’une génération ne diminue pas forcément.

Mais les données laissent penser que la descendance finale des générations récentes sera plus faible que celle de leurs aînées. Les générations nées dans les années 1960, 1970 et 1980 ont eu en moyenne entre deux et 2,1 enfants. Pour les femmes nées dans les années 1990, la tendance semble orientée à la baisse.

Le nombre de femmes n’ayant jamais d’enfant progresse également. Il représentait environ 13 % pour la génération 1930, 20 % pour celle de 1970 et pourrait approcher 25 % pour les générations suivantes.

Une géographie et des profils sociaux transformés

La carte de la fécondité s’est homogénéisée. Le « croissant fertile » du nord de la France, historiquement plus fécond, s’estompe. La baisse est désormais générale, même si certaines poches résistent, à l’est de la Bretagne, dans les Pays de la Loire ou en périphérie francilienne.

Les régions industrielles autrefois dynamiques, comme le Nord ou la Lorraine, affichent désormais des niveaux proches de la moyenne nationale. Le déclin économique, la précarité et l’incertitude professionnelle pèsent sur les projets familiaux. Sur le plan social, la courbe en U traditionnelle, où les catégories les plus modestes et les plus aisées étaient les plus fécondes, s’est atténuée. Les comportements se rapprochent, sous l’effet d’une transformation plus large des trajectoires de vie.

Le désir d’enfant recule

La nouveauté tient dans l’évolution des représentations. Le nombre d’enfants souhaités baisse. Là où les couples envisageaient deux ou trois enfants il y a vingt-cinq ans, ils parlent désormais plutôt d’un ou deux. Le refus d’enfant progresse, même s’il reste minoritaire.

Plusieurs facteurs se conjuguent. L’incertitude économique, la précarité des débuts de carrière, le coût du logement dans les grandes villes et l’allongement des études retardent l’installation et la parentalité. Les inquiétudes liées au climat et au contexte géopolitique jouent aussi, même si leur poids reste difficile à mesurer.

La France semble ainsi entrer dans une phase durable de faible fécondité. Les projections évoquent un indicateur probablement inférieur à 1,7 dans les années à venir, sans toutefois descendre au niveau des pays les plus touchés d’Europe du Sud. Derrière les chiffres, c’est une recomposition des normes familiales, des parcours professionnels et des attentes vis-à-vis de l’avenir qui se dessine. La France n’est plus une exception démographique. Elle est devenue, sur ce point, un pays européen comme les autres.

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