La bataille de l’eau minérale change de terrain. Après le scandale des traitements interdits reconnus par Nestlé Waters en 2024, c’est désormais la légalité de la microfiltration autorisée par l’État qui se retrouve contestée. L’entreprise Bonneval Emergence annonce être prête à saisir les tribunaux administratifs si les préfectures des Vosges et du Gard ne retirent pas leurs arrêtés.
Ces décisions préfectorales, prises fin 2025, autorisent Nestlé Waters à utiliser des filtres désinfectants sur certains captages tout en conservant l’appellation « eau minérale naturelle ». Dans le Gard, les forages concernés alimentent notamment la marque Perrier près de Vergèze. Dans les Vosges, les autorisations portent sur des captages exploités pour Contrex et Hépar.
Pour Bonneval Emergence, cette situation pose un problème de principe. Son dirigeant estime que l’eau minérale doit être naturellement potable à sa source, sans nécessiter de traitement destiné à la rendre conforme. Selon lui, autoriser une microfiltration désinfectante tout en maintenant la mention « naturelle » revient à brouiller la frontière entre eau minérale et eau rendue potable par procédé technique. L’entreprise dénonce une tromperie envers les consommateurs et réclame un strict respect de la réglementation.
Trois recours ont déjà été déposés contre les arrêtés préfectoraux. Si aucune marche arrière n’intervient dans les prochaines semaines, Bonneval Emergence affirme qu’elle engagera les procédures nécessaires devant la justice administrative.
Un contentieux après un scandale
Le différend s’inscrit dans un contexte tendu. En 2024, Nestlé Waters avait reconnu avoir utilisé par le passé des traitements interdits pour purifier certaines eaux contaminées. Cette révélation avait déclenché une crise majeure dans le secteur des eaux embouteillées. Depuis, le groupe affirme avoir mis fin à ces pratiques et remplacé les procédés litigieux par une microfiltration conforme aux nouvelles autorisations sollicitées auprès des autorités.
Les préfectures concernées ont validé ces demandes à la fin de l’année 2025, estimant que les dispositifs mis en place respectaient le cadre réglementaire. Le gouvernement avait parallèlement confirmé que certaines marques pouvaient continuer à être commercialisées sous l’appellation « eau minérale naturelle », sous réserve du respect des exigences sanitaires.
Pour Bonneval Emergence, le débat dépasse la simple concurrence commerciale
L’entreprise considère que l’introduction de filtres désinfectants modifie la nature même du produit. Elle soutient que l’eau minérale, par définition, doit être propre à son point d’émergence et ne pas subir de traitement visant à la désinfection. Dans cette lecture, l’autorisation de la microfiltration crée une rupture d’égalité entre producteurs et affaiblit la confiance du public.
Le conflit comporte également une dimension économique. À l’automne, Bonneval Emergence a assigné Nestlé Waters devant le tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale, réclamant plus de 1,3 milliard d’euros au titre du préjudice qu’elle estime avoir subi. Cette action civile s’ajoute désormais aux recours administratifs engagés contre les arrêtés préfectoraux. L’affaire pourrait donc se jouer sur plusieurs fronts judiciaires. Entre impératifs sanitaires, protection des appellations et rivalités industrielles, la question de ce qui peut encore être qualifié d’« eau minérale naturelle » se retrouve au cœur d’un débat qui dépasse largement les seuls bassins de captage des Vosges et du Gard.