Ils étaient des centaines à passer entre les mailles du filet. Dans le Val-d’Oise, des individus condamnés, parfois pour des délits graves, échappaient depuis des années à l’exécution de leur peine. Faute de moyens, faute de service dédié, la justice les oubliait. Jusqu’à ce qu’un ancien patron de la Brigade nationale de recherche des fugitifs décide de mettre un terme à cette impunité. Une nouvelle cellule opère dans l’ombre des commissariats : l’UEDJ, l’Unité d’exécution des décisions de justice. À sa tête, cinq enquêteurs triés sur le volet, intégrés au service interdépartemental de la police judiciaire du Val-d’Oise. Leur mission : retrouver les individus en rupture avec la justice et remettre à l’heure l’horloge judiciaire. Pour Frédéric Doidy, directeur de la police du département, l’objectif est clair. « Le problème n’est pas tant les condamnations que leur exécution », assène-t-il. « La justice ne peut fonctionner que si elle va jusqu’au bout. Il faut que ceux qui sont jugés, même par défaut, soient retrouvés. Il faut que la justice passe. »
Des résultats déjà visibles
En moins de trois mois, l’unité a permis l’interpellation de 23 personnes. Cinq ont été incarcérées. Certaines étaient recherchées depuis près de dix ans. Un multirécidiviste, condamné pour trafic de stupéfiants et délits routiers, a été arrêté à Argenteuil après avoir longtemps navigué entre le Maroc et la France. Un autre, impliqué dans une affaire de violences avec mutilation, a été localisé à Pierrelaye. Quatre mandats européens ont été exécutés, dont celui d’un homme suspecté de meurtre au Portugal. L’initiative est inédite en Île-de-France. À l’échelle nationale, seul le Rhône avait mis en place un dispositif équivalent. Jusqu’ici, seules des structures réservées aux profils les plus dangereux existaient, comme la fameuse BNRF ou la BEDJ parisienne, spécialisées dans la traque de figures du grand banditisme. Pour les autres, la police locale improvisait, souvent débordée. « Il y avait un trou dans la raquette », résume Frédéric Doidy. « Des centaines de dossiers restaient en souffrance. Les services de police judiciaire ne pouvaient plus suivre. »
30 000 personnes figurent dans ce fichier
Grâce aux évolutions légales de 2023, l’UEDJ a accès aux outils technologiques autrefois réservés aux affaires criminelles : surveillances, écoutes, filatures. De quoi changer la donne dans une traque où l’improvisation n’a plus sa place. « On ne peut pas espérer tomber sur un fugitif par hasard, à un contrôle routier ou en gare. Il faut des moyens ciblés », insiste le commissaire. La justice locale soutient pleinement l’initiative, intégrée au plan préfectoral de sécurité du quotidien. Elle comble un vide longtemps ignoré, qui minait l’efficacité du système judiciaire dans le département. À l’échelle nationale, 30 000 personnes figurent dans le fichier des personnes recherchées, sans compter les demandes émises par les autorités étrangères. Si l’expérience val-d’oisienne s’avère concluante, elle pourrait bien faire école. Et rappeler, au passage, que le droit n’a de sens que s’il s’applique.