Il est censé incarner la loi, il se retrouve aujourd’hui dans le viseur de la justice. Un magistrat de 50 ans, vice-président d’un tribunal judiciaire du centre de la France, a été placé en garde à vue dans une affaire de « revenge porn ». Ce haut fonctionnaire, décrit comme rigoureux et passionné de procédure pénale, est soupçonné d’avoir filmé une ancienne compagne à son insu lors d’un rapport sexuel, puis d’avoir diffusé ces images après leur rupture, prétendument pour lui nuire. Le parquet de Paris, qui pilote cette enquête sensible, reste muet. Mais l’instruction, confiée à deux juges parisiens, est tout sauf ordinaire. Mardi 17 juin, la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) et l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) ont interpellé le magistrat, perquisitionné son domicile et même les locaux du tribunal où il exerce. Du jamais-vu dans un palais de justice, selon plusieurs témoins stupéfaits.
Silence au sommet, malaise dans les prétoires
L’information judiciaire, ouverte pour atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation ou diffusion d’images à caractère sexuel, doit désormais déterminer si ces accusations peuvent déboucher sur une mise en examen. Les enquêteurs disposent des témoignages de la victime désignée, une avocate, qui aurait vu les vidéos circuler et reçu des messages insistants de son ancien compagnon. En face, le juge nie en bloc. Remis en liberté après 48 heures de garde à vue, il reste présumé innocent. Mais ses supports numériques sont désormais entre les mains des services techniques, qui en analyseront les contenus. L’éventuelle transmission de ces images n’a pas encore été précisément retracée (ni en termes de plateforme, ni de public ciblé), mais les faits, s’ils sont avérés, seraient d’une gravité rare pour un homme de sa fonction. L’affaire tombe dans une séquence troublante pour la magistrature française. Un juge marseillais vient d’être condamné à 14 mois avec sursis pour avoir fraudé les péages autoroutiers avec de fausses plaques. Quelques jours plus tôt, un ancien procureur était jugé pour violences conjugales. Si ces cas restent marginaux, ils n’en soulèvent pas moins une question centrale : l’exemplarité de ceux qui rendent la justice.