Vivre avec un trouble mental grave ne condamne pas à la solitude. Selon plusieurs travaux récents et les recherches menées par Tania Lecomte, professeure de psychologie à l’Université de Montréal, il est tout à fait possible de construire une relation affective stable et épanouissante, malgré les difficultés supplémentaires que cela peut représenter.
Les freins existent. Ils sont souvent personnels, comme une estime de soi fragilisée, la peur du rejet ou la crainte d’être perçu à travers le prisme d’un diagnostic. Ils sont aussi sociaux, en raison de la stigmatisation persistante et des représentations caricaturales véhiculées par certains médias. Chez certaines personnes, notamment lorsque les troubles apparaissent à l’adolescence, période clé pour l’apprentissage des codes relationnels, cela peut compliquer l’entrée dans la vie amoureuse.
Des couples qui partagent parfois les mêmes troubles
Une étude publiée dans Nature Human Behaviour, fondée sur l’analyse de plus de six millions de couples concernés par des troubles psychiatriques (dépression, trouble bipolaire, schizophrénie, anxiété, autisme, addictions, TOC, TDAH), montre que les partenaires ont fréquemment des diagnostics similaires. Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses : des traits communs favorisant l’attirance, un environnement partagé ou encore des cercles sociaux plus restreints.
Pour autant, la réalité est plus nuancée que les stéréotypes. Selon Tania Lecomte, près de 70 % des personnes vivant avec un trouble mental grave peuvent mener une vie autonome et satisfaisante. Beaucoup travaillent, élèvent des enfants ou entretiennent des relations durables. Des programmes d’accompagnement centrés sur la confiance en soi, la communication et la gestion des effets secondaires des traitements ont montré des effets positifs : amélioration de l’estime de soi, diminution des symptômes et renforcement du sentiment de connexion sociale.
Les spécialistes rappellent enfin qu’un diagnostic ne résume pas une personne. Les trajectoires, les ressources et les difficultés varient largement d’un individu à l’autre. Si la stigmatisation demeure un obstacle important, elle ne constitue pas une barrière infranchissable à la construction d’une relation amoureuse.