img_1893.jpg
Louvre : fraude massive de 10 millions d’euros de billets. Le numéro 2 du musée affirme c’est «inévitable»

Pour le Louvre, le musée le plus visité au monde, il est « statistiquement inévitable » que la fraude apparaisse à un moment donné. C’est ce qu’a déclaré Kim Pham, le numéro 2 du musée, à la suite d’un système de fraude présumée aux billets de 10 millions d’euros révélé la semaine dernière et qui aurait duré une décennie.

Kim Pham, administrateur général du Louvre, a expliqué que l’ampleur unique du musée le rend particulièrement vulnérable. Cependant, lorsqu’on l’a pressé de citer d’autres institutions confrontées à des problèmes similaires, Kim Pham a refusé de désigner ses pairs.

« Quel musée dans le monde, avec ce niveau de fréquentation, n’aurait pas à certains moments des problèmes de fraude ? », s’est interrogé Kim Pham, qui supervise les opérations quotidiennes, y compris l’administration et la gestion interne. Et ce n’est pas une tâche facile, avec 86 000 mètres carrés exposant 35 000 œuvres à 9 millions de visiteurs par an.

Un réseau complexe

La semaine dernière, les procureurs de Paris ont indiqué que 9 personnes étaient détenues en lien avec ce système de billets. Ces 9 personnes ont été formellement mises en examen et présentées devant des juges d’instruction.

Parmi les suspects figurent deux guides touristiques chinois accusés d’avoir fait entrer des groupes de visiteurs au musée en réutilisant frauduleusement les mêmes billets pour différents visiteurs, prétendument avec l’aide d’employés du Louvre.

Le Louvre avait déposé plainte dès décembre 2024, selon les procureurs. Les enquêteurs estiment que les pertes dépassent dix millions d’euros sur une décennie, le réseau criminel présumé organisant jusqu’à 20 groupes guidés par jour.

Selon les procureurs, en plus de la réutilisation répétée des billets, les guides touristiques auraient parfois divisé les groupes pour éviter de payer des « frais de parole », une sorte de commission versée au musée pour pouvoir exercer leur activité.

Rien que l’année dernière, le Louvre a dû faire face au vol très médiatisé des Joyaux de la Couronne de France en octobre 2025 depuis la Galerie Apollon, à des fuites d’eau ayant endommagé des livres précieux, à plusieurs grèves du personnel et à une grève surprise l’été dernier à cause de mauvaises conditions, du tourisme de masse et du sous-effectif.

Pressé de savoir si ce dernier cas alimentait la perception d’un Louvre hors de contrôle, Kim Pham a nuancé : « Tout simplement, le Louvre est le plus grand musée du monde ».

«Je ne vais pas vous dire que nous faisons tout parfaitement»

Kim Pham décrit le Louvre comme « un bâtiment historique qui a commencé à émerger au début du XIIIe siècle et qui a connu de nombreuses couches historiques jusqu’au XXe siècle ». « Il est normal que dans cette complexité nous rencontrions des difficultés », précise-t-il, tout en reconnaissant des failles dans la protection du musée. « Je ne vais pas vous dire que nous faisons tout parfaitement et que nous avons tout bien fait. Ce que je vous dis, c’est que la lutte contre la fraude est une action de chaque instant ».

Par ailleurs, Kim Pham rejet l’idée que le sous-effectif, qui a été l’une des raisons des multiples grèves du personnel l’an dernier, ait contribué à la réutilisation présumée des billets: «Le personnel est à un niveau correct pour ces fonctions. Aujourd’hui, 90 % des billets sont achetés en ligne, sur le web. C’est donc là que se produisent les fraudes majeures. »

Kim Pham cite les « achats frauduleux avec des cartes volées », « massivement, nous avons eu ça en 2023 », ainsi que le « détournement de billets gratuits » pour revente et l’utilisation de faux billets.

Une conséquence du directe du Covid

Kim Pham soutient également que les quotas limités de visiteurs introduits après la pandémie peuvent créer une rareté qui attire les fraudeurs : « Quand vous limitez le nombre de personnes pouvant entrer dans un musée chaque jour, vous augmentez la rareté du billet et cela attire les fraudeurs. C’était comme pour un concert avec une star, quand les places sont limitées, cela crée encore plus de fraudes. »

Ce nouveau scandale arrive alors que le Louvre gère encore les conséquences de la crise qui avait attiré l’attention mondiale, le vol d’octobre des joyaux de la couronne où une équipe de quatre personnes était entrée par une fenêtre pendant les heures de visite et avait fui avec des trésors estimés à 88 millions d’euros.

Les autorités ont arrêté plusieurs suspects dans cette affaire, mais les objets volés restent introuvables.

Des contrôles renforcés

Kim Pham a indiqué que le Louvre avait renforcé le contrôle du nombre de validations par billet à ses multiples points de contrôle.

Les billets individuels sont désormais limités à deux scans et les billets de groupe à un seul, afin d’empêcher les guides de réutiliser le même billet pour faire entrer davantage de visiteurs. Le musée dispose de multiples points d’accès à ses ailes, et les procureurs estiment que les guides ont exploité le système de validation pour réutiliser les billets : « Depuis plusieurs mois, et nous n’avons pas attendu ce moment de l’enquête et les récentes arrestations, nous effectuons des contrôles avant le point de contrôle, et des vérifications ont également lieu une fois à l’intérieur des galeries du musée ».

Kim Pham a déclaré pour conclure que deux employés du Louvre interrogés dans l’affaire ont été priés de ne pas reprendre leur poste pendant l’enquête, tout en rappelant leur présomption d’innocence jusqu’à la fin de la procédure.

Partager