L’établissement Stanislas dans le viseur de l’Éducation nationale
L’établissement Stanislas dans le viseur de l’Éducation nationale

Le prestigieux établissement privé catholique Stanislas, à Paris, se retrouve une nouvelle fois sous surveillance. L’académie de Paris vient de lui adresser une mise en demeure concernant l’enseignement de la culture chrétienne, jugé non conforme à la réglementation en vigueur. Cette décision fait suite à une mission de contrôle prolongée, menée pendant plus d’un an, et à une série d’injonctions formulées dès 2023. Entre février 2024 et mai 2025, pas moins de dix inspecteurs ont été mobilisés pour mener une série de visites dans l’établissement. Le but : vérifier si les recommandations émises par l’Inspection générale de l’Éducation nationale (IGESR), à la suite d’un rapport accablant en 2023, avaient été prises en compte. Ce rapport faisait suite à des accusations de dérives sexistes et homophobes relayées dans la presse, qui avaient conduit l’ex-ministre Pap Ndiaye à commander une enquête approfondie. Selon le ministère, Stanislas a bien corrigé la majorité des points soulevés. Sur onze recommandations, dix auraient été mises en œuvre. Mais le point de blocage reste l’enseignement de la culture chrétienne, considéré jusqu’ici comme obligatoire dans l’établissement. C’est précisément cette obligation qui a été remise en question par les services de l’académie. L’enseignement religieux doit désormais devenir facultatif, ce qui a surpris la direction de l’établissement.

Des critiques politiques et des demandes de rupture de contrat

Cette annonce ne suffit cependant pas à apaiser les critiques. Deux députés, Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Renaissance), corapporteurs de la commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, estiment que cette mise en demeure est bien trop timide. Dans un courrier adressé au préfet de région, ils réclament la résiliation du contrat d’association entre Stanislas et l’État, une demande que Paul Vannier formule depuis plusieurs mois. Ils s’inquiètent notamment de la répétition des manquements dans le fonctionnement de l’établissement, malgré les avertissements et les contrôles successifs. En juin, les deux élus avaient déjà mis en cause la direction du ministère de l’Éducation, ciblant notamment Caroline Pascal, alors numéro deux du ministère, pour avoir selon eux « invisibilisé les violences homophobes et sexistes » dans ses rapports.

Un établissement désormais sous surveillance

Le directeur du collège Stanislas, Igor Le Diagon, affirme pourtant que l’établissement a répondu à la quasi-totalité des exigences administratives. Sur l’enseignement religieux, il évoque une exigence soudaine : « Nous avons été surpris d’apprendre que ce cours devait désormais devenir facultatif. Il s’agit là d’une demande nouvelle », précise-t-il. Il ajoute que des mesures sont à l’étude, tout en soulignant que cette question dépasse le cadre de son seul établissement et devrait faire l’objet d’un débat à l’échelle nationale. Concernant l’éducation à la sexualité, regroupée sous le sigle Evars, Stanislas s’engage à veiller à la bonne application des programmes. Le ministère, de son côté, affirme que l’établissement fera l’objet d’« une attention particulière » sur ce point sensible. La tension entre le respect du contrat d’association, la liberté d’enseignement dans le privé sous contrat et les obligations républicaines imposées à tous les établissements scolaires n’a sans doute pas fini de susciter des crispations. L’affaire Stanislas, déjà emblématique, pourrait bien servir de test pour d’autres institutions similaires.

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