Face à une nouvelle proposition de loi examinée ce mercredi en commission des Affaires sociales à l’Assemblée, les médecins libéraux ont fait front commun. Objectif du texte : réguler leur liberté d’installation dans certaines zones pourvues en médecins et rétablir l’obligation de garde supprimée en 2002. Une quinzaine d’organisations professionnelles ont publié un communiqué dénonçant un projet « contre-productif » qui ne résoudra en rien la crise de l’accès aux soins.
Un front uni contre une régulation jugée punitive
Signée par plus de 250 députés, la proposition entend interdire à un jeune médecin de s’installer dans une zone « surdotée » sauf remplacement d’un confrère partant à la retraite. L’idée est simple : inciter les jeunes praticiens à se diriger vers les zones en tension. Mais pour les syndicats, l’Ordre des médecins, les internes et les élus ruraux, la réponse est mauvaise : « réguler une profession en pénurie ne solutionnera pas la pénurie elle-même », écrivent-ils d’une même voix. Pire, la coercition risque de détourner les jeunes du libéral et de les pousser vers des postes salariés… quand ils ne renoncent pas tout simplement à s’installer. La réintroduction des gardes obligatoires, le soir et le week-end, est tout aussi mal accueillie. Les organisations soulignent qu’en 2023, la couverture territoriale des gardes atteignait déjà 97 % grâce au volontariat. Imposer une obligation ne ferait qu’ajouter à la pénibilité, sans effet réel sur l’accès aux soins.
Des solutions alternatives proposées par les professionnels
Plutôt que de contraindre, les signataires appellent à accompagner. Parmi les pistes évoquées : mieux valoriser les maîtres de stage et les docteurs juniors, multiplier les formations en zones sous-dotées, faciliter l’installation des médecins diplômés hors UE (Padhue), et soutenir les initiatives locales. L’enjeu est majeur : selon les données citées, 87 % du territoire français, métropole et outre-mer confondus, est aujourd’hui concerné par les déserts médicaux. Et même dans les zones dites « bien pourvues », les médecins débordés ne peuvent plus prendre de nouveaux patients. Les professionnels appellent désormais à une « voie de passage » concertée, qui rassemble élus, soignants et patients, pour éviter que la désertification médicale ne s’aggrave sous l’effet de mesures qu’ils jugent déconnectées de la réalité du terrain.