L’ancien chirurgien Joël Le Scouarnec comparaît à partir du 24 février devant la cour criminelle départementale du Morbihan. Accusé de viols et d’agressions sexuelles aggravées sur 299 patients, majoritairement mineurs, il encourt jusqu’à 20 ans de réclusion. Ce procès hors normes, qui devrait se prolonger jusqu’en juin, est décrit par certains acteurs judiciaires comme « le plus gros dossier de pédocriminalité en France ».
L’affaire a pris une dimension tentaculaire lorsque les enquêteurs ont découvert sur l’ordinateur de l’ex-chirurgien des fichiers détaillant des violences sexuelles commises sur des centaines de patients entre 1989 et 2014. À la lecture de ces archives glaçantes, les enquêteurs ont lancé une gigantesque opération d’identification des victimes. Certaines ont été directement contactées par les services d’enquête, d’autres se sont signalées elles-mêmes après avoir découvert l’affaire dans la presse.
Mais toutes ne pourront être entendues par la cour. Quinze patients, dont les faits sont prescrits, ne seront pas considérés comme victimes sur le plan judiciaire. Une injustice dénoncée par Me Francesca Satta, avocate d’une dizaine de parties civiles : « C’est une double peine pour eux. Avoir été agressés et ne pas être reconnus comme victimes. »
Joël Le Scouarnec, aujourd’hui âgé de 74 ans, n’en est pas à son premier passage devant la justice. En 2020, il avait déjà été condamné à quinze ans de réclusion pour des faits similaires concernant quatre victimes : deux nièces, une patiente et une voisine. Cette première condamnation n’avait révélé qu’une infime partie de l’horreur. L’enquête qui a suivi a permis de mettre en lumière l’ampleur du prédateur qu’il était, abusant de son statut de médecin pour perpétrer ses crimes en toute impunité.
Face à la complexité et à la gravité du dossier, l’organisation du procès a nécessité des moyens considérables. La cour criminelle départementale du Morbihan devra entendre des dizaines de témoignages, analyser les preuves accumulées et gérer l’impact psychologique de cette affaire d’une rare intensité.
Les victimes espèrent que ce procès leur permettra d’obtenir enfin une reconnaissance judiciaire, même si pour beaucoup, l’épreuve sera douloureuse. Pour la justice française, il s’agira également d’un test sur sa capacité à traiter une affaire d’une telle envergure, avec la nécessité d’accompagner au mieux les victimes tout en garantissant un procès équitable.