Le ton se durcit autour du musée le plus visité au monde. À mi-parcours de ses travaux, la commission d’enquête parlementaire sur la sécurité des musées a dressé un constat sévère concernant le Louvre. Son président, le député Alexandre Portier, a estimé que l’établissement était devenu un « État dans l’État », appelant le ministère de la Culture à reprendre la main face à une série de dysfonctionnements révélés notamment par le vol des joyaux de la Couronne française en octobre dernier.
Après près de 70 auditions, les membres de la commission évoquent un enchaînement de failles qui ne relèverait pas de l’accident isolé. Selon Alexandre Portier, le cambriolage du 19 octobre mettrait en lumière des défaillances systémiques et un déni des risques. Il considère que le pilotage actuel du musée est défaillant. Le rapporteur Alexis Corbière a également pointé un fonctionnement particulier du Louvre, évoquant une forme d’hyper-présidence et un statut à part au sein des institutions culturelles françaises.
Le contexte est tendu depuis plusieurs mois. Outre le vol, le musée a été fragilisé par une affaire de fraude à la billetterie portant sur plusieurs millions d’euros, des mouvements sociaux du personnel et des incidents techniques, notamment des fuites d’eau ayant affecté le bâtiment. Ces éléments, selon les parlementaires, dessinent un tableau préoccupant de la gouvernance et de la gestion interne.
Pressions sur la direction et mise en cause de la tutelle
La présidente du musée, Laurence des Cars, doit être entendue prochainement par la commission. Alexandre Portier s’est interrogé publiquement sur son maintien en fonction, estimant qu’une telle accumulation de difficultés aurait déjà conduit à des départs dans d’autres pays ou établissements comparables.
Au-delà de la direction du Louvre, la commission cible également le rôle du ministère de la Culture, autorité de tutelle. Les parlementaires dénoncent ce qu’ils décrivent comme une dérive des pouvoirs publics dans la supervision du musée et appellent l’État à exercer pleinement ses responsabilités. La ministre de la Culture, Rachida Dati, doit elle aussi être auditionnée dans les prochains jours.
Constituée début décembre, la commission rendra ses conclusions au début du mois de mai. D’ici là, les auditions se poursuivent pour préciser les responsabilités et proposer d’éventuelles réformes. Parallèlement, les tensions sociales au sein du musée persistent. Les personnels mobilisés depuis la mi-décembre pour de meilleures conditions de travail ont maintenu leur préavis, tandis que la direction a indiqué que l’établissement avait ouvert partiellement sans fournir davantage de détails.
L’affaire dépasse le simple cadre d’un vol spectaculaire. Elle interroge la gouvernance d’un établissement emblématique, au croisement du patrimoine, du tourisme et de la puissance publique.