Depuis vendredi, l’Amérique a tourné la page du régime dit de « minimis » : tout colis d’une valeur inférieure à 800 dollars expédié aux États-Unis est désormais taxé. Une exemption qui existait depuis des décennies vient ainsi de disparaître, dans le sillage des mesures protectionnistes voulues par Donald Trump.
Un séisme logistique et commercial
La décision vise officiellement à freiner le flot de marchandises bon marché, souvent issues de Chine, qui inondent le marché américain via des plateformes comme Shein ou Temu. Entre 2015 et 2024, le nombre de petits colis arrivant sur le sol américain a été multiplié par dix, passant de 134 millions à 1,36 milliard. Mais avant même son entrée en vigueur, la mesure a semé le chaos : une vingtaine de pays européens, ainsi que l’Inde, le Japon ou l’Australie, ont suspendu temporairement leurs expéditions vers les États-Unis. Faute de temps pour mettre en place la collecte des taxes, les services postaux se retrouvent démunis. Les transporteurs privés comme FedEx, UPS ou DHL, déjà équipés pour gérer ces procédures, apparaissent mieux armés pour tirer leur épingle du jeu.
Les petites entreprises européennes en première ligne
Si les géants de la logistique peuvent absorber le choc, les artisans et TPE qui exportaient de petites commandes outre-Atlantique risquent de perdre un débouché vital. Bijoux, spiritueux, accessoires de maison : ces envois unitaires représentaient une part essentielle de leur activité. Pour ces acteurs, le surcoût administratif et financier pourrait signifier un ralentissement brutal, voire un arrêt des ventes. Le gouvernement français lui-même reconnaît que toute restriction aux exportations représente un coup dur, même si le volume global reste modeste comparé aux flux massifs de l’e-commerce mondial.
Un effet d’aubaine pour Temu et Shein en Europe
Le paradoxe est là : en voulant contenir le flot chinois aux États-Unis, Washington pourrait bien rediriger cette vague vers l’Europe. Déjà ultra-populaires en France, Temu et Shein mènent des campagnes publicitaires massives et grignotent rapidement des parts de marché. En 2023, Temu est devenu le troisième site le plus consulté par les consommateurs français, juste derrière Amazon et Leboncoin. L’Union européenne réfléchit elle aussi à supprimer l’exemption de droits de douane sur les colis d’une valeur inférieure à 150 euros, mais le processus traîne. En 2024, pas moins de 4,6 milliards de petits articles, majoritairement venus de Chine, ont franchi ses frontières. Ce durcissement américain pourrait bien accélérer la réflexion européenne. Car derrière la taxation des petits colis se joue bien plus qu’une question logistique : l’équilibre entre protection des filières locales et invasion commerciale orchestrée par les géants du low cost.