Les faits remontent au 19 septembre dernier, mais l’affaire connaît désormais une issue judiciaire claire. À Fontaine, près de Grenoble, un ancien élu d’extrême droite sera jugé au mois d’avril pour des actes de provocation à la haine religieuse visant une salle de prière musulmane. Les locaux de l’Association cultuelle des musulmans de Fontaine, situés dans cette commune de l’agglomération grenobloise, avaient été la cible de dégradations à caractère ouvertement islamophobe. Selon les éléments communiqués par le parquet, les vitrines de la salle de prière avaient été taguées de slogans hostiles à l’islam, tandis que des ossements de porc ainsi qu’un morceau de saucisson avaient été déposés devant l’entrée du lieu de culte. Ces actes avaient suscité une vive émotion locale et une condamnation unanime des responsables associatifs et des élus. L’enquête menée par les services de police a conduit à l’interpellation d’un homme déjà connu de la justice. Franck Sinisi, ancien élu municipal classé à l’extrême droite, a été placé en garde à vue le 13 janvier avant d’être présenté au parquet de Grenoble. À l’issue de cette présentation, il a été convoqué devant le tribunal correctionnel pour une audience fixée au 10 avril prochain.
Une enquête fondée sur des éléments matériels et un passé judiciaire lourd
Les investigations ont notamment reposé sur des prélèvements ADN effectués sur les ossements de porc retrouvés sur place. Les analyses ont permis d’établir un lien avec le suspect, renforçant les soupçons à son encontre. Le parquet souligne également que des recherches menées en sources ouvertes sur ses comptes de réseaux sociaux ont mis en évidence, sur les années 2024 et 2025, la diffusion répétée de messages haineux visant la communauté musulmane. Franck Sinisi est désormais poursuivi pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de la religion. Lors de son audition, il a contesté toute implication dans les faits qui lui sont reprochés, selon le communiqué du procureur de la République de Grenoble. Cette ligne de défense n’a toutefois pas empêché la juridiction de retenir des charges suffisantes pour un renvoi devant le tribunal. Le profil judiciaire du mis en cause a également pesé dans l’appréciation du dossier. En 2019, alors qu’il exerçait un mandat local, il avait déjà été condamné pour provocation publique à la discrimination en raison des origines. Cette condamnation faisait suite à des propos visant la communauté rom, pour lesquels il avait écopé d’une peine de prison avec sursis assortie d’une inéligibilité de quatre ans. Ce précédent judiciaire contribue à éclairer la gravité des poursuites actuelles.
Un acte ciblant un lieu de culte et une association ancrée localement
La salle de prière visée appartient à l’Association cultuelle des musulmans de Fontaine, structure implantée de longue date dans la commune. Après les dégradations, l’association avait dénoncé des actes dirigés contre un lieu d’apaisement et de culte, mais aussi contre une organisation engagée depuis plus de deux décennies dans la vie locale et le dialogue associatif. Ces événements s’inscrivent dans un contexte plus large de vigilance accrue autour des atteintes aux lieux de culte et des actes de haine à caractère religieux. Le dépôt d’ossements de porc et de produits alimentaires interdits par les préceptes de l’islam constitue, pour les enquêteurs comme pour les magistrats, un élément intentionnel visant à humilier et à stigmatiser une communauté dans son ensemble. Le procès attendu en avril devra déterminer les responsabilités pénales de l’ancien élu et apprécier la portée exacte des faits qui lui sont reprochés. Il pourrait également raviver le débat sur la récidive en matière de discours et d’actes haineux, ainsi que sur la réponse judiciaire apportée à ce type de comportements. Pour les responsables de l’association et les fidèles concernés, cette audience représente une étape importante dans la reconnaissance du préjudice subi et dans l’affirmation du droit au respect des lieux de culte sur le territoire de la République.