En Corse, la grève des marins s’enlise et bloque durablement les ports
En Corse, la grève des marins s’enlise et bloque durablement les ports

La crise sociale qui touche le transport maritime corse est entrée dans une phase de durcissement. Ce jeudi 5 février, aucune avancée tangible n’est sortie des discussions organisées à Marseille entre les représentants des compagnies Corsica Linea et La Méridionale, les syndicats de marins, les services de l’État et les préfets concernés. Sur l’île, la mobilisation se traduit désormais par des ports bloqués, des navires déroutés et la perspective assumée d’une extension du mouvement à d’autres points stratégiques du littoral.

À Bastia, dès l’aube, le port de commerce est resté désert. Une amarre a été volontairement tendue à l’entrée du bassin afin d’empêcher toute manœuvre d’accostage. Sur les quais, plusieurs dizaines de marins se sont rassemblés dans le calme, tandis qu’une partie d’entre eux occupait le paquebot La Galeotta, immobilisé à quai. La veille déjà, des navires attendus dans les ports corses avaient été contraints de modifier leur trajectoire. Le Pascal-Lota, opéré par Corsica Ferries, a ainsi été redirigé vers L’Île-Rousse, tandis que le Mega Express Three, initialement programmé à Ajaccio, a finalement débarqué ses passagers à Propriano.

Le mouvement, lancé en début de semaine par les sections CGT de Corsica Linea et de La Méridionale, a été rejoint mercredi par le Syndicat des marins de la marine marchande. Depuis lundi 2 février, les traversées assurées par les deux compagnies historiques entre la Corse et le continent sont annulées, accentuant les perturbations pour les voyageurs comme pour l’approvisionnement de l’île.

Concurrence jugée déloyale et pression fiscale au cœur du conflit

Au-delà du blocage immédiat, la colère des marins s’inscrit dans un cadre plus large. Les syndicats dénoncent ce qu’ils considèrent comme un affaiblissement structurel des compagnies historiques, confrontées à des opérateurs battant pavillon étranger et accusés de pratiquer un dumping social. La concurrence exercée sur certaines lignes secondaires est perçue comme une menace directe sur les délégations de service public et, à terme, sur l’emploi local.

Cette critique vise en premier lieu Corsica Ferries, accusée d’entrer sur des liaisons sensibles afin de fragiliser l’équilibre économique des dessertes subventionnées. Une situation comparable est également évoquée sur le port de Sète, où la présence de compagnies étrangères, notamment italiennes, est présentée comme un facteur de déstabilisation durable du modèle social maritime français.

Autre sujet de crispation, l’application de la taxe carbone européenne sur le transport maritime

Les syndicats estiment que ce dispositif, sans mécanisme correcteur spécifique pour les liaisons insulaires, risque d’alourdir les coûts, d’affecter le pouvoir d’achat des résidents et de fragiliser encore davantage des entreprises déjà sous tension. Ils appellent à une intervention politique plus affirmée afin de définir un cadre pérenne conciliant exigences environnementales et continuité territoriale.

À l’issue de plusieurs heures de discussions en préfecture, le constat partagé par les représentants syndicaux est celui d’une absence de réponses concrètes. Aucun engagement écrit n’a été fourni, ni sur la protection des emplois, ni sur la régulation de la concurrence, ni sur l’accompagnement des nouvelles contraintes fiscales. Dans ce contexte, la reconduction de la grève jusqu’au vendredi 6 février au matin a été actée, avec un préavis déjà déposé pour le 8 février.

Si les organisations syndicales affirment ne pas vouloir, à ce stade, intensifier les actions, la possibilité d’un blocage élargi à d’autres ports de l’île reste clairement évoquée. En parallèle, les aléas météorologiques compliquent encore la situation, certains navires étant déroutés indépendamment du mouvement social.

Faute de compromis rapide, le conflit s’installe désormais dans la durée, avec des conséquences croissantes pour la mobilité, l’économie insulaire et la desserte maritime entre la Corse et le continent.

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