Clap de fin pour l’Alpe du Grand Serre : la station iséroise ferme définitivement après 87 ans d’histoire
Clap de fin pour l’Alpe du Grand Serre : la station iséroise ferme définitivement après 87 ans d’histoire

La décision est désormais officielle : la station de ski de l’Alpe du Grand Serre, en Isère, ne rouvrira pas ses portes pour la saison hivernale 2025-2026. La fermeture a été confirmée le mardi 24 juin dans un communiqué conjoint de la SATA Group, gestionnaire des remontées mécaniques, et de la communauté de communes de la Matheysine. Cette décision, à la fois attendue et redoutée, met un terme à près de neuf décennies d’activité dans cette station de moyenne montagne.

Une économie sous perfusion, un modèle à bout de souffle

Depuis plusieurs années, le domaine skiable fonctionnait sous perfusion financière, ne survivant que grâce à d’importantes subventions publiques. Mais en septembre 2024, les élus de la Matheysine actaient la fin de cet accompagnement financier, le déficit d’exploitation étant devenu trop lourd à porter. Un espoir avait brièvement surgi à l’automne grâce à une cagnotte citoyenne qui permit l’ouverture du domaine pour une dernière saison. Les fêtes de fin d’année avaient même marqué un regain d’activité, avec des conditions d’enneigement favorables et plus de 100 000 skieurs accueillis entre décembre et mars. Malgré cet élan, les discussions entamées pour bâtir un « nouveau modèle quatre saisons » n’ont pas abouti. Les deux parties invoquent l’impossibilité de clore le plan de financement de la délégation de service public, censée encadrer l’exploitation sur les 25 prochaines années. La station n’a donc pas réussi à se réinventer face à des contraintes économiques, climatiques et structurelles de plus en plus pesantes. Le conseil communautaire du 10 juillet devrait entériner formellement la décision de fermeture. D’ici là, les gestionnaires affirment vouloir accompagner les acteurs locaux dans cette transition difficile. Professionnels de la montagne, commerçants, familles et jeunes skieurs sont les premiers concernés par les retombées de cette fermeture, dans un territoire déjà fragilisé.

Une mémoire collective bouleversée

L’Alpe du Grand Serre, perchée à 1 370 mètres d’altitude, comptait trois télésièges, plusieurs téléskis et environ 50 kilomètres de pistes. Elle avait acquis une solide réputation de station familiale et accessible, prisée par de nombreuses écoles et clubs de ski de la région. Sa fermeture a suscité de nombreuses réactions attristées sur les réseaux sociaux. Plusieurs habitants redoutent un coup d’arrêt brutal pour l’économie locale et pour l’apprentissage du ski chez les plus jeunes, qui devront désormais se tourner vers des stations plus éloignées et souvent plus onéreuses. Des collectifs citoyens, à l’image de La Morte Vivante, dénoncent une absence de stratégie claire pour reconvertir la station. Ils appellent à repenser l’avenir du site autour d’un projet structuré, avec des investissements adaptés, au lieu d’un simple abandon. Cette fermeture, emblématique d’un modèle de station de montagne en déclin, pose une fois de plus la question de la viabilité des petites stations face au changement climatique, à la baisse de fréquentation, et à la dépendance aux subventions. Si le rideau tombe sur l’Alpe du Grand Serre, le débat reste, lui, largement ouvert sur l’avenir de la montagne française.

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