Chikungunya à La Réunion : l’île sous tension avant le lancement de la vaccination
Chikungunya à La Réunion : l’île sous tension avant le lancement de la vaccination

Alors que l’épidémie de chikungunya s’intensifie à La Réunion, les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme. Gérard Cotellon, directeur général de l’ARS, évoque une situation « préoccupante », avec plus de 10 000 cas estimés par semaine et deux décès confirmés à la mi-mars. Le virus, transmis par le moustique tigre, touche désormais les 24 communes de l’île. Le pic de l’épidémie est attendu d’ici la mi-avril. Face à cette crise, le ministre des Outre-mer Manuel Valls se rend sur place ce dimanche, à la veille du démarrage officiel de la campagne de vaccination.

Hôpitaux saturés, plan blanc déclenché

Le système hospitalier réunionnais est mis à rude épreuve. Le plan blanc a été activé au CHU de La Réunion, permettant la mobilisation du personnel en congé et la déprogrammation d’opérations non urgentes. À Saint-Pierre, où les foyers de contamination sont les plus actifs, les urgences sont débordées. Jusqu’à 35 soignants par jour sont absents, eux-mêmes contaminés par le virus. Des cliniques privées ont été autorisées à ouvrir 30 lits supplémentaires pour soulager les hôpitaux. Malgré cela, les autorités appellent la population à ne pas se rendre aux urgences sans raison valable.

Vaccination tardive mais espérée salvatrice

La campagne de vaccination débute lundi, avec 40 000 premières doses du vaccin Ixchiq, développé par Valneva. Priorité sera donnée aux plus de 65 ans souffrant de comorbidités et n’ayant jamais contracté la maladie. Une seconde livraison de 50 000 doses est attendue d’ici fin avril. Si plusieurs experts regrettent un lancement tardif, estimant que cela n’arrêtera pas la transmission en cours, la vaccination pourrait néanmoins atténuer les formes graves et alléger la pression hospitalière. À noter : le vaccin n’est pas recommandé pour les femmes enceintes ni les personnes immunodéprimées.

Dans un contexte de critique politique, notamment de la part du député LFI Jean-Hugues Ratenon, qui accuse l’État de ne pas avoir agi assez vite, l’ARS défend sa mobilisation rapide. L’agence a débloqué cinq millions d’euros pour intensifier la lutte anti-moustiques, avec des visites à domicile, la location de véhicules et le recrutement d’intérimaires. Le nombre d’agents de démoustication passera de 70 à 100 dans les prochains jours. Gérard Cotellon appelle aussi les citoyens à participer activement à l’élimination des gîtes larvaires.

Enfin, l’épidémie déborde de La Réunion. Des cas importés ont été recensés à Mayotte et en Martinique, où des mesures de prévention ont été immédiatement déployées. Si aucun cas n’a été signalé récemment en métropole, les autorités sanitaires alertent sur un risque élevé de propagation du chikungunya et d’autres maladies vectorielles dans les cinq prochaines années, en raison de l’expansion du moustique tigre sur le territoire hexagonal.

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