Invitée sur Franceinfo, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a jugé « insuffisantes » les mesures annoncées par le gouvernement face à la remontée des prix des carburants, sur fond de tensions au Moyen-Orient. Le sujet, lui, est très français: à la pompe, la moindre hausse se voit tout de suite, et elle se paie comptant, surtout quand la voiture reste la seule option pour aller travailler.
Face à un baril de Brent repassé au-dessus des 110 dollars, l’exécutif a dégainé une enveloppe d’environ 70 millions d’euros d’aides ciblées pour les pêcheurs, les agriculteurs et les transporteurs routiers. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, présente cette réponse comme un amortisseur pour les secteurs les plus exposés à la facture énergétique. Ciblé, donc, et assumé comme tel.
Bercy, les patrons… et les oubliés du plein
Bercy, les patrons… et les oubliés du plein Sophie Binet conteste cette logique et accuse le gouvernement de regarder d’abord du côté des entreprises. « Bercy se contente de parler aux patrons », a-t-elle lancé, réclamant une concertation à Bercy avec syndicats et organisations patronales pour mesurer l’impact sur l’économie et sur les salariés. Dans son viseur, ceux qui prennent leur voiture faute d’alternative, elle cite les aides à domicile et les infirmières, ces métiers qui tournent tôt, finissent tard, et pour qui le ticket de caisse du carburant ressemble à une taxe sur le travail.
La responsable syndicale ne croit pas non plus à l’idée d’un effort demandé aux distributeurs, préférant pointer les groupes pétroliers et leurs marges. Elle demande un encadrement des prix qui s’appliquerait aussi au niveau des ventes des pétroliers vers les distributeurs, pas seulement à la station-service, et met en avant les bénéfices de Total, qu’elle évalue à près de 15 milliards d’euros en 2025. Selon elle, les hausses actuelles ne seraient pas justifiées au regard des stocks disponibles.
Reste la question politique, toujours piégeuse: jusqu’où l’État peut-il tenir le volant sans gripper la mécanique du marché. Sophie Binet rappelle qu’un blocage temporaire des prix a existé en France jusqu’en 1983, et qu’il reste utilisé dans certains territoires ultramarins, preuve qu’il ne s’agit pas d’une idée tombée du ciel. Entre aides ciblées et encadrement plus large, le débat revient comme un refrain à chaque flambée, avec la même ligne de fracture: qui doit absorber le choc quand le pétrole repart à la hausse.
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