Coup de tonnerre dans les menus des écoles : huit mairies, dont Paris, Lyon, Lille et Montpellier, ont décidé de retirer le thon des cantines pour protéger les enfants d’une exposition jugée dangereuse au mercure. Cette mesure, annoncée ce jeudi 28 août, concerne plus de 3,5 millions d’habitants et s’appuie sur le principe de précaution.
Un métal neurotoxique pointé du doigt
Tout est parti d’une étude commandée par les ONG Bloom et Foodwatch à l’automne 2024. Après avoir testé 148 boîtes de thon en conserve, le verdict tombait : 100 % contenaient du mercure, classé par l’OMS parmi les dix substances les plus préoccupantes pour la santé publique. Dans plus de la moitié des cas, les teneurs dépassaient même la limite imposée à d’autres espèces de poissons, comme le cabillaud ou les anchois. Or, le seuil toléré pour le thon est bien plus haut (1 mg/kg), une dérogation que les associations jugent aberrante. Selon Bloom, une fois le produit mis en conserve, la concentration grimpe à près de 2,7 mg/kg, du fait de la déshydratation. Les municipalités signataires rappellent que les enfants, premiers consommateurs dans les cantines, peuvent rapidement dépasser la dose hebdomadaire tolérable. Les risques évoqués sont lourds : baisse du quotient intellectuel, troubles de la mémoire, atteintes neuromotrices et comportementales.
Un bras de fer entre villes et industriels
Les huit collectivités affirment qu’elles ne reviendront pas sur leur décision tant que la limite de mercure dans le thon ne sera pas abaissée au niveau le plus strict, soit 0,3 mg/kg, comme pour les autres poissons. Pour elles, seule une harmonisation réglementaire permettra de lever le doute sanitaire. De leur côté, les industriels de la conserve répliquent que « tous les produits mis sur le marché respectent la réglementation actuelle » et contestent la méthodologie employée par Bloom. La Fédération des industries d’aliments conservés rappelle avoir publié en janvier les résultats de huit années de contrôles, montrant des taux en moyenne trois fois inférieurs au seuil officiel. Entre calculs, contre-expertises et inquiétudes sanitaires, le thon, vedette des cantines et des boîtes de conserve, devient l’objet d’un bras de fer politique et scientifique. Pour l’instant, dans plusieurs grandes villes françaises, il a tout simplement disparu des plateaux-repas des écoliers.