Le chantier Cigéo «Centre industriel de stockage géologique», envisagé depuis 1991 pour enfouir 83 000 m³ de déchets nucléaires à 500 m sous la Meuse, voit sa facture s’envoler : l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) table désormais sur un coût compris entre 26,1 et 37,5 milliards d’euros, contre 25 milliards prévus en 2016. Avec l’inflation, la note pourrait même culminer à 45,3 milliards, soit une hausse allant jusqu’à 50 % par rapport au précédent chiffrage.
De la fourchette à la décision ministérielle
Soumise ce 12 mai, la nouvelle évaluation repose sur plusieurs scénarios – fiscalité, performances des matériaux, coûts de sécurisation (10 millions par an)… – et prend en compte les retards accumulés par les études détaillées. Gaëlle Saquet, directrice générale par intérim de l’Andra, défend un « coût maîtrisé », proche des 33,8 milliards estimés en 2014, mais admet que l’horizon s’allonge : une autorisation attendue fin 2027/début 2028, un début de stockage en 2050 et une fermeture en 2170.
Pollueur-payeur ou bombe à retardement ?
EDF, la société Orano et le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), principaux producteurs, financent via des provisions au titre du « pollueur-payeur ». Le dernier mot reviendra toutefois au ministère de l’Énergie, qui doit fixer le coût définitif d’ici fin 2025. Face à l’ampleur du chantier – plus d’un siècle de maintenance, surveillance, assurances et impôts –, les voix des écologistes et des riverains, qui qualifiaient déjà ce budget de « largement sous-évalué », risquent de se faire encore plus acerbes.