Dans l’Allier, sous une carrière de kaolin déjà exploitée, se joue une partie stratégique pour l’industrie française. L’État a décidé d’entrer au capital du projet EMILI porté par Imerys, consacré à l’extraction et à la transformation de lithium sur le site de Beauvoir, à Échassières. Via la Banque des Territoires, filiale de la Caisse des dépôts, 50 millions d’euros seront injectés dans cette opération encore en phase préparatoire.
La participation publique, minoritaire mais significative, doit permettre d’achever l’étude de faisabilité définitive, attendue au début de l’année 2027. Cette étape conditionne toute décision finale d’investissement. La transaction doit être bouclée dans les prochains mois. Selon des informations confirmées par l’exécutif, la part détenue par l’État avoisinerait 30 % du capital du projet.
Le choix n’a rien d’anodin. Le lithium constitue un composant central des batteries lithium ion, aujourd’hui seules technologies produites à grande échelle pour équiper les véhicules électriques. Dans un contexte de dépendance accrue aux importations de minerais critiques, notamment face à la Chine, Paris cherche à sécuriser ses approvisionnements. L’entrée au capital d’un projet minier national s’inscrit dans cette logique de souveraineté industrielle.
Imerys travaille depuis trois ans sur ce gisement enfoui sous sa carrière d’argile blanche, utilisée notamment dans le papier, la peinture ou les cosmétiques. Le groupe a déjà engagé entre 100 et 150 millions d’euros pour évaluer les volumes exploitables, la qualité du minerai et sa concentration. Le site de Beauvoir est présenté comme l’un des cinq plus importants gisements mondiaux de lithium en roche dure, hors ressources issues de saumures.
Un pari industriel à l’horizon 2030
L’exploitation, si elle est validée, pourrait entrer en production à l’horizon 2030. Selon les projections du groupe, le site serait capable d’alimenter en lithium l’équivalent de 700 000 véhicules électriques par an. L’ambition affichée consiste à créer une mine dite du XXIᵉ siècle, respectant des standards environnementaux et sociaux élevés, tout en réduisant l’empreinte carbone liée à l’importation de matières premières.
Le partenariat avec l’État ne signifie pas pour autant un désengagement d’Imerys. Le groupe entend rester opérateur du projet, fort de son expertise internationale dans l’exploitation minière. Être majoritaire ne serait pas, selon sa direction, une condition impérative. D’autres partenaires financiers pourraient être associés à l’avenir, la construction d’une mine et d’unités de transformation représentant un investissement massif.
Cette prise de participation intervient alors que l’entreprise cherche à redresser sa rentabilité dans un contexte de ralentissement de certains marchés. Un plan de réduction de coûts a été annoncé à l’automne pour améliorer les performances du groupe. En 2024, Imerys a réalisé un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros et emploie environ 12 400 personnes dans une quarantaine de pays.
Au-delà des chiffres, le signal est politique
En investissant directement dans une mine de lithium sur son territoire, l’État assume un retour dans le capitalisme extractif, longtemps délaissé en France. La transition énergétique impose désormais d’accéder à des volumes considérables de métaux stratégiques. Refuser l’extraction locale reviendrait à déplacer l’impact environnemental vers d’autres régions du monde.
Le projet EMILI reste cependant suspendu à l’issue des études techniques et aux procédures administratives. Les débats locaux sur l’acceptabilité environnementale ne manqueront pas d’accompagner son développement. Entre impératif climatique et préoccupations écologiques, la future mine de l’Allier cristallise déjà les contradictions d’une transition énergétique qui exige toujours plus de ressources pour produire moins de carbone.