À l’heure où le gouvernement met en avant un plan contre l’infertilité pour relancer la natalité, une question s’impose. Les jeunes souhaitent-ils encore massivement devenir parents ? Une enquête menée par l’Ifop auprès de 1 028 adolescents de 15 à 17 ans pour le magazine Elle apporte un éclairage précis sur le rapport de cette génération aux questions de genre, au féminisme et aux relations entre les sexes.
Premier enseignement, le désir d’enfant recule nettement par rapport aux années 1980. Seuls 57% des adolescents interrogés déclarent vouloir avoir des enfants, contre 77% il y a quarante ans. L’écart entre filles et garçons reste modéré, 61% des filles contre 55% des garçons, mais le positionnement idéologique joue un rôle majeur. Parmi les jeunes filles se définissant comme très féministes, près d’un tiers ne souhaitent pas d’enfant, une proportion trois fois supérieure à celle observée chez les filles non féministes.
Un féminisme majoritaire, mais un « gender gap » marqué
Si 61% des adolescents se disent féministes, cette moyenne masque un clivage important. Le féminisme est revendiqué par 77% des filles, mais seulement par 45% des garçons. Le rejet du féminisme apparaît particulièrement prononcé chez les garçons issus de milieux populaires ou se déclarant fortement religieux.
La défense des droits des femmes préoccupe 57% des jeunes, avec un écart net entre filles et garçons. Près de sept filles sur dix se disent inquiètes pour ces droits, contre moins d’un garçon sur deux. Les adolescents les plus féministes sont logiquement les plus mobilisés sur ces enjeux.
L’enquête met également en lumière la persistance de certains stéréotypes, plus marqués chez les jeunes croyants. Une partie d’entre eux adhèrent davantage à des représentations traditionnelles du rôle des femmes ou à des opinions réservées vis-à-vis des droits des couples homosexuels. Les positions varient fortement selon le degré de religiosité.
Entre ouverture relationnelle et nouvelles tensions
Dans leur quotidien, les adolescents entretiennent massivement des amitiés avec le sexe opposé, 90% déclarent avoir au moins un ami de l’autre sexe. Pourtant, les perceptions évoluent. Les filles jugent aujourd’hui les garçons moins romantiques, moins gentils et moins « cool » qu’il y a vingt-cinq ans, tandis que les qualificatifs négatifs évoluent peu.
Le mouvement #MeToo a également marqué les représentations. Un adolescent sur deux estime qu’il est devenu plus difficile de séduire depuis cette séquence médiatique et sociale, sentiment davantage partagé par les garçons que par les filles.
Sur la question de la place respective des sexes dans la société, 46% des jeunes pensent qu’il vaut mieux être un garçon, une proportion inférieure à celle observée chez les adultes. Près d’un adolescent sur deux considère qu’il n’y a pas de différence. En revanche, un point rassemble presque unanimement, le respect du consentement. 96 % des jeunes estiment qu’il est indispensable, sans écart significatif entre filles et garçons.
Ces résultats illustrent l’influence des discours progressistes sur une génération marquée par #MeToo, mais aussi un clivage profond entre des jeunes filles largement acquises aux idées égalitaires et des garçons plus partagés, notamment dans certains milieux sociaux et religieux. Derrière l’apparente homogénéité des réponses se dessine ainsi une jeunesse à la fois progressiste et fragmentée, tiraillée entre ouverture sociétale et tensions identitaires.