Le réalisateur a choisi de revenir sur les attentats du 13-Novembre à travers une série intime centrée sur un petit groupe d’anciens otages. Un projet sensible, qui suscite l’émotion mais aussi la controverse.
Une série sur le lien entre survivants et le long chemin de la reconstruction
Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Des vivants propose un regard inédit sur l’après. Jean-Xavier de Lestrade, connu pour ses récits ancrés dans le réel (Laëtitia, Sambre), s’intéresse ici au parcours de sept survivants du Bataclan. Surnommés « les Potages », ces anciens otages du couloir du premier étage de la salle de concert ont tissé des liens d’amitié durables dans les mois qui ont suivi le drame. Leur trajectoire collective, entre douleurs intimes, entraide et tentative de reconstruction, est au cœur de cette mini-série en huit épisodes diffusée sur France.tv depuis le 27 octobre, et prochainement sur France 2.
Le scénario s’appuie sur de nombreux témoignages, recueillis notamment auprès des otages eux-mêmes, mais aussi de leurs proches, d’une psychologue de la police et d’un responsable de la BRI, l’unité d’intervention qui a mis fin à la prise d’otages. Le récit débute juste après l’assaut et suit, sur plusieurs années, les étapes du deuil, les retours à la vie quotidienne, les blocages et les élans. Sans jamais rejouer les scènes d’attaque, la série s’attarde sur les séquelles psychologiques et les dynamiques de groupe, à travers des personnages incarnés par Benjamin Lavernhe, Alix Poisson, Félix Moati, Antoine Reinartz ou encore Anne Steffens.
Un tournage au Bataclan qui divise
C’est ce choix de réalisme, notamment le tournage de quelques scènes directement dans le Bataclan, qui a fait réagir. Certaines prises de vue – comme celles des célèbres fauteuils rouges – ont été réalisées dans la salle elle-même, une décision qui a suscité l’incompréhension du président de l’association Life For Paris, Arthur Dénouveaux. Dans une déclaration relayée par ICI, il déplore un tournage jugé inutile, qui brouillerait selon lui la frontière entre mémoire et fiction.
Le réalisateur a toutefois défendu cette démarche en expliquant qu’elle a été prise en concertation avec les survivants représentés dans la série. Ces derniers auraient même souhaité que le tournage ait lieu dans le lieu réel, pour une question d’authenticité et de fidélité à leur expérience. Pour Jean-Xavier de Lestrade, l’idée n’est pas de reconstituer les faits, mais d’évoquer le souvenir avec justesse, dans une volonté de transmission plus que de reconstitution.
Présentée comme une œuvre pudique et respectueuse, Des vivants aborde le traumatisme collectif par la voie de l’intime. Elle interroge la manière dont une communauté humaine se reconstruit après un choc extrême. Et si certaines voix regrettent les choix artistiques faits autour de ce lieu encore chargé, d’autres saluent un travail qui donne une visibilité à la résilience et à la parole des survivants.