Placement en détention et poursuite des investigations
Placement en détention et poursuite des investigations

Le procès de François et Nicolas Bengler s’ouvre ce mardi à Marseille, dans une atmosphère lourde héritée de quinze ans de violence. Longtemps considérés comme les chefs du clan des Gitans, protagonistes de la guerre sanglante contre les Blacks dans les quartiers nord, les deux hommes comparaissent cette fois pour une affaire d’extorsion visant l’un de leurs cousins. Un dossier presque dérisoire au regard de leur réputation, mais dont les détails montrent comment, même incarcérés, les deux frères continuaient à faire régner la peur. Lors de leur garde à vue, Nicolas Bengler avait menacé un juge d’« envoyer un commando » le chercher chez lui, avant de parler de « guitare », mot de code pour kalachnikov. Des outrances qu’il justifiera ensuite par un réveil trop brutal.

Un cousin racketté, des liasses filmées dans un bar d’Aix

Entre début 2022 et le printemps 2023, Christian B. aurait versé jusqu’à 500 000 euros sous la pression de proches des Bengler. Jamais il ne portera plainte, mais les écoutes téléphoniques établissent sa peur, ses hésitations, ses tentatives d’éviter l’inévitable. Les policiers perquisitionnent, écoutent, observent. Une vidéo montrant des liasses méticuleusement comptées dans le sous-sol d’un bistrot aixois vient compléter le tableau. Jean J., cousin des Bengler, et Damien C., ami d’enfance, auraient servi de bras armés à ce racket que les deux frères auraient orchestré depuis leurs prisons respectives. Tous les quatre comparaissent cette semaine. L’ombre du clan plane sur l’affaire, même si les intéressés nient en bloc toute participation.

Une réputation qui dépasse le dossier

Pour leurs avocats, cette affaire illustre surtout la force d’un nom devenu synonyme de peur. « Il suffit de l’évoquer pour faire frémir », constate Me Frédéric Monneret, rappelant que Nicolas Bengler, malgré huit condamnations, n’a jamais été reconnu coupable de trafic de stupéfiants. Les Bengler dénoncent un « acharnement judiciaire », persuadés que des petits délinquants ont utilisé leur nom pour impressionner une victime trop terrorisée pour contester. Face à eux, l’unique partie civile est un policier de la BRI, blessé lors d’une arrestation liée au dossier. « On est face au haut du spectre de la délinquance », insiste son avocat. Le procès doit durer trois jours, mais, à Marseille, la légende des Bengler, elle, n’a pas fini d’alimenter les fantasmes.

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