Don de sperme : des cancers précoces chez plusieurs enfants en Europe
Don de sperme : des cancers précoces chez plusieurs enfants en Europe

Un donneur de sperme porteur d’une mutation génétique prédisposant au cancer aurait engendré au moins 67 enfants dans différents pays européens. Parmi eux, 23 porteraient la mutation, et dix auraient déjà développé un cancer à un âge précoce. L’affaire soulève de vives inquiétudes sur les lacunes de la réglementation européenne en matière de dons de gamètes. L’alerte aurait été donnée fin 2023 par un médecin spécialiste de l’oncogénétique, après qu’une patiente française, ayant eu recours à une banque de sperme danoise, a reçu un courrier mentionnant l’existence d’un variant génétique identifié chez le donneur. Le courrier évoquait également des cas avérés de cancer chez certains enfants issus de ce même donneur. Après expertise, une équipe de biologistes basée à Rouen aurait reclassé ce variant du gène TP53 en tant que « probablement pathogène », ce qui signifie qu’il serait susceptible d’augmenter le risque de développer un cancer.

Un gène clé dans la protection contre les tumeurs

Le gène concerné, TP53, est connu pour jouer un rôle fondamental dans la protection de l’ADN humain contre les agressions extérieures. Lorsqu’il dysfonctionne dès la naissance, il peut entraîner le syndrome de Li-Fraumeni, une pathologie héréditaire rare à l’origine de nombreux cancers précoces. Ce syndrome affecterait les enfants porteurs de la mutation transmise par le donneur danois. Or, cette mutation n’étant pas présente dans l’intégralité des spermatozoïdes, seuls certains enfants seraient touchés, compliquant d’autant le dépistage systématique. En l’état, au moins huit pays européens seraient concernés par cette situation, avec une à quinze familles touchées par pays. Pour la France, une dizaine de familles auraient été identifiées. La surveillance médicale imposée aux enfants porteurs de la mutation serait particulièrement lourde, incluant notamment des IRM régulières, parfois sous anesthésie générale pour les plus jeunes, ainsi que d’autres examens ciblés.

Une faille juridique dans la régulation européenne

La banque de sperme à l’origine des dons, située au Danemark, se refuserait à indiquer le nombre exact de naissances, invoquant le secret professionnel. D’après les experts, cela met en lumière un problème structurel : les législations sur le don de sperme varient d’un pays à l’autre, ce qui permet à un donneur unique d’engendrer des dizaines d’enfants à travers toute l’Europe. En France, la loi limite à dix le nombre d’enfants issus d’un même donneur, mais d’autres pays, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, autorisent des plafonds plus élevés. Ces quotas se cumulent sans coordination continentale. Face à cette faille, des scientifiques plaident désormais pour l’instauration d’une législation européenne stricte et harmonisée, afin d’éviter la reproduction de telles situations. Ils recommanderaient également aux familles françaises de privilégier les circuits nationaux encadrés, même si les délais et la pénurie de donneurs peuvent pousser certains à se tourner vers l’étranger. En l’absence de cadre transfrontalier, les risques de transmission génétique incontrôlée demeurent réels.

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