C’est l’un des cancers du sein les plus redoutés : le triple négatif, qui échappe aux traitements hormonaux classiques. Une nouvelle étude britannique suggère qu’un traitement ciblé, administré plus tôt, pourrait considérablement améliorer la survie des patientes porteuses d’une mutation génétique BRCA1 ou BRCA2. Dans cet essai clinique de phase II/III, publié dans Nature Communications, le médicament olaparib, déjà utilisé en traitement post-opératoire, a été administré avant l’intervention chirurgicale, en complément d’une chimiothérapie. Les résultats sont spectaculaires : aucun décès et une seule rechute dans le groupe traité, contre six décès et neuf rechutes dans le groupe témoin.
Une approche plus précoce, un taux de survie inédit
L’étude, baptisée Partner, a porté sur 84 femmes atteintes d’un cancer du sein triple négatif localisé, toutes porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2. Les 39 patientes du groupe expérimental ont reçu trois cycles d’olaparib en comprimés, couplés à une chimiothérapie au carboplatine avant la chirurgie. Les 45 autres ont reçu uniquement la chimiothérapie standard. Trois ans après l’intervention, 100 % des patientes du groupe olaparib étaient en vie. En comparaison, la survie dans le groupe chimiothérapie seule s’élevait à 88 %. Des chiffres jugés rares, voire exceptionnels, dans ce domaine. « Même avec l’olaparib en post-opératoire, on n’obtient pas de tels résultats », observe le Pr Olivier Trédan, oncologue au Centre Léon Bérard.
Un protocole prometteur… à confirmer
Ce traitement ciblé agit en bloquant un système de réparation de l’ADN dans les cellules cancéreuses. Or, chez les patientes porteuses de mutations BRCA, ce système est déjà défaillant. L’olaparib précipite alors la mort des cellules tumorales, en les empêchant de réparer leurs dégâts génétiques. Le timing d’administration s’est également révélé déterminant : un délai de 48 heures entre la chimiothérapie et l’olaparib a permis de limiter les effets secondaires, notamment sur la moelle osseuse. Une précision qui pourrait faire la différence en pratique clinique, selon les spécialistes. Mais les chercheurs restent prudents. L’étude ne montre aucune amélioration du taux de réponse pathologique complète – c’est-à-dire l’élimination totale de la tumeur lors de la chirurgie – et l’échantillon reste limité. Des essais à plus grande échelle sont nécessaires. Si les résultats se confirment, cette stratégie pourrait changer la donne pour le cancer du sein, mais aussi pour d’autres liés aux mutations BRCA : ovaire, prostate, pancréas. Une avancée discrète mais décisive dans l’arsenal contre les cancers les plus difficiles à traiter.