Un milliardaire new-yorkais, des centaines de milliards de dollars, et une idée vieille comme l’impôt : taxer ce qui rend malade. L’Organisation mondiale de la santé a lancé mardi un appel retentissant à ses États membres pour qu’ils augmentent massivement les taxes sur trois cibles bien identifiées : le tabac, l’alcool et les boissons sucrées. L’objectif est simple et chiffré : réduire les décès prématurés et remplir les caisses. D’ici 2035, les prix réels de ces produits devraient bondir d’au moins 50 %, selon le scénario que défend l’agence onusienne.
Santé publique et fiscalité : une alliance revendiquée
L’initiative, baptisée « 3 d’ici 35 », a été dévoilée à Séville lors d’une conférence sur le financement du développement. Elle intervient dans un contexte de tension budgétaire généralisée, où les dettes publiques explosent et les systèmes de santé ploient sous la montée des maladies non transmissibles. Ces dernières, incluant cancers, maladies cardiovasculaires et diabète, sont responsables de 75 % des décès dans le monde. Pour l’OMS, une seule hausse de 50 % des prix de ces produits permettrait d’éviter 50 millions de morts prématurées dans les cinquante prochaines années. Le lien entre fiscalité et prévention ne date pas d’hier. En France, la lutte contre le tabagisme a pris forme dès les années 1970 par vagues de hausses tarifaires et restrictions successives. À New York, Michael Bloomberg en a fait son cheval de bataille dans les années 2000, imposant des surtaxes spectaculaires. Résultat : des baisses de consommation notables, observées aussi dans d’autres pays ayant pris des mesures similaires.
L’OMS insiste sur l’efficacité de ces « taxes santé »
Elles réduisent la consommation de produits nocifs et génèrent des revenus que les États peuvent réinvestir dans les soins, l’éducation ou la protection sociale. L’organisation fixe même un cap financier : 1 000 milliards de dollars pourraient être récoltés en une décennie si cette politique était appliquée à grande échelle. Entre 2012 et 2022, près de 140 pays ont déjà franchi le pas en augmentant la fiscalité sur le tabac. Mais la croisade ne fait pas l’unanimité. En France, l’Alliance contre le tabac a récemment dénoncé les conclusions d’un rapport commandé par Philip Morris, contestant l’efficacité des politiques nationales antitabac. Le tabac, l’alcool et le sucre restent des marchés puissants, et les lobbys savent se faire entendre. La cigarette électronique, quant à elle, n’est même pas mentionnée dans la nouvelle stratégie de l’OMS, tout comme la consommation sur les terrasses de café, toujours permise malgré les interdictions croissantes ailleurs. Reste que l’idée n’est pas d’interdire mais de dissuader. L’OMS l’assume : frapper au portefeuille pour protéger les artères. À l’heure où la prévention se heurte aux limites de la pédagogie, l’impôt reste un langage universel.