Alors que la consommation de produits de santé progresse en raison du vieillissement de la population et des pathologies chroniques, un nouveau rapport du Shift Project alerte sur leur coût environnemental. Selon cette étude publiée le 17 juin avec le soutien de l’Assurance-maladie, les médicaments et dispositifs médicaux émettent respectivement 9,1 et 7,4 millions de tonnes de CO₂ par an en France.
Des chaînes de production très polluantes
Pour les médicaments, près de la moitié des émissions provient des phases de production. Les principes actifs, qui composent les molécules thérapeutiques, génèrent à eux seuls un quart des émissions. Leur fabrication repose souvent sur des matières premières fossiles, avec une forte dépendance à l’étranger : entre 60 % et 80 % sont produits en Chine ou en Inde. À titre d’exemple, produire un kilogramme de paracétamol émet environ 20 kg de CO₂, tandis que certains anticoagulants ou anticorps monoclonaux dépassent les 10 000 voire 20 000 kg. La recherche et développement (13 %), les activités internes des entreprises (17 %) et le transport (9 %) complètent le bilan carbone des médicaments. Côté dispositifs médicaux, bien que l’impact soit globalement inférieur, les émissions sont comparables à celles de l’industrie agroalimentaire. Produits variés — des gants à usage unique aux scanners —, ils sont souvent très consommateurs de plastique, d’aluminium et de composants électroniques.
Relocaliser, recycler, réorganiser
Pour réduire ces émissions, le Shift Project avance plusieurs solutions : optimiser l’efficacité énergétique des usines, concevoir des emballages plus sobres, privilégier le transport maritime ou terrestre, reconditionner certains dispositifs et relocaliser une partie des productions. Produire en France ou en Europe permettrait ainsi de baisser les émissions de moitié par rapport à une fabrication chinoise, notamment grâce à des énergies moins carbonées et à des circuits de transport plus courts. Dans les scénarios les plus ambitieux, une baisse de 68 % des émissions liées aux médicaments et de 72 % pour les dispositifs médicaux serait envisageable d’ici 2050. Mais aucun levier ne peut suffire à lui seul : seule une transformation de l’ensemble de la chaîne de valeur, des matières premières au recyclage, permettra un réel virage écologique du secteur.