L’organisme indépendant Airparif a publié son bilan annuel et les chiffres confirment une tendance de fond : respirer à Paris est devenu moins nocif qu’il y a dix ans. Entre 2012 et 2022, les concentrations moyennes de dioxyde d’azote ont chuté de 45 % et celles de particules fines de 35 %. En 2024, la capitale est restée globalement sous les seuils réglementaires, hormis quelques dépassements ponctuels. Mais l’organisme alerte : malgré les efforts, 70 % des habitants respirent encore un air qui, en l’état, ne respectera pas les normes européennes attendues pour 2030, et reste très au-dessus des recommandations de l’OMS.
Le poids des politiques locales
Les progrès enregistrés sont attribués en grande partie à la modernisation du parc automobile, à hauteur de 55 % pour la baisse du dioxyde d’azote. Le renouvellement accéléré des véhicules thermiques et la montée en puissance de l’électrique, sous l’effet des restrictions de circulation, expliquent l’essentiel de cette évolution. La réduction du trafic routier (–25 %), favorisée par les transports en commun, le vélo, la politique de stationnement et même le télétravail, complète le tableau. Les 20 % restants sont liés à d’autres secteurs (logement, BTP, énergie, ferroviaire). Pour les particules fines, la principale amélioration vient du chauffage résidentiel : meilleure isolation, remplacement de chaudières et limitation des foyers polluants.
Un bras de fer politique en toile de fond
La mairie de Paris revendique ces résultats comme l’effet de ses choix « volontaristes » : piétonnisation de rues et des berges, création de pistes cyclables, hausse des tarifs de stationnement pour les véhicules lourds, plantations d’arbres. Mais elle accuse aussi l’État de freiner la dynamique. Dan Lert, adjoint à la transition écologique, estime que « le gouvernement a abandonné la lutte contre la pollution de l’air », et annonce un recours contre le plan de protection de l’atmosphère d’Île-de-France pour la période 2025-2030, jugé incapable de répondre aux obligations européennes et aux standards de l’OMS. Sur le périphérique, où la vitesse est désormais limitée à 50 km/h, une étude sanitaire doit être publiée en février. Si l’amélioration est incontestable depuis dix ans, Paris reste confronté à une pollution qui, bien que réduite, continue de provoquer chaque année des milliers de décès prématurés. Le chemin vers un air véritablement sain est encore long.