La rumeur revient chaque été, aussi tenace qu’un coup de soleil mal protégé. Selon une vidéo virale relayée sur les réseaux sociaux, la crème solaire serait non seulement inefficace, mais carrément responsable de l’explosion des cas de cancer de la peau. Un argument simpliste, fondé sur une corrélation trompeuse entre la généralisation de son usage et la hausse du nombre de mélanomes. Pourtant, cette interprétation ne tient pas une seconde face aux faits scientifiques. Car oui, le nombre de cancers de la peau a triplé en France entre 1990 et 2023, avec jusqu’à 243.000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année selon Santé publique France. Mais non, ce n’est pas à cause des protections solaires. Ce phénomène s’explique avant tout par une exposition croissante aux rayons UV, encouragée par la culture du bronzage, des vacances prolongées au soleil et une méconnaissance persistante des bonnes pratiques de protection. La crème solaire n’est pas en cause. C’est notre usage désinvolte du soleil qui l’est.
Mal protégés, trop exposés : un paradoxe très humain
Jérôme Hinfray, de la Ligue contre le cancer, parle du « paradoxe de la protection » : croire que la crème solaire rend invincible pousse à s’exposer plus longtemps, et donc à augmenter le risque. Résultat, même en se badigeonnant de crème, les règles élémentaires — renouveler l’application régulièrement, en quantité suffisante, éviter les heures les plus chaudes — sont rarement respectées. À cela s’ajoute le fait que la protection offerte par une crème n’est jamais totale, et qu’elle dépend fortement du comportement de l’usager. Le danger est particulièrement élevé chez les enfants. Les coups de soleil reçus dans l’enfance laissent une empreinte durable sur la peau, et peuvent déclencher des mélanomes des années plus tard. De plus, tous les individus ne sont pas égaux face au soleil : carnation, génétique, âge ou encore cycle hormonal (notamment chez les femmes en âge de procréer) influencent la sensibilité cutanée.
Une vigilance nécessaire sur les composants, pas sur la crème en elle-même
Faut-il pour autant ignorer les débats sur certains ingrédients ? Non. Un composé en particulier attire l’attention des chercheurs : l’octocrylène. Utilisé dans de nombreuses crèmes solaires et produits cosmétiques, il peut se dégrader au fil du temps, dans le flacon, en benzophénone, une molécule potentiellement cancérigène et perturbatrice endocrinienne. L’Anses a d’ailleurs recommandé son interdiction. Mais ce débat ne doit pas jeter l’opprobre sur l’ensemble des protections solaires. Il souligne plutôt l’importance de ne pas réutiliser des produits périmés et de privilégier les formulations fiables, sans filtres chimiques controversés. En résumé : oui à la crème solaire, mais avec modération, attention et mise à jour annuelle. Le vrai danger, ce n’est pas le produit. C’est le déni face aux risques du soleil. Et ceux qui prétendent que la crème solaire tue lentement oublient une évidence : sans protection, le soleil, lui, peut tuer rapidement.