Ils sont de plus en plus nombreux à souffler leur centième bougie… et certains visent déjà la 110e. La France compte désormais plus de 30 000 centenaires, un chiffre multiplié par trente depuis 1970. Mais au-delà de ce cap déjà exceptionnel, une nouvelle catégorie intrigue les démographes : celle des supercentenaires, les 110 ans et plus. Leur multiplication récente pourrait bien bouleverser notre conception des limites biologiques de la vie.
Une progression spectaculaire, mais des chiffres encore minuscules
Le phénomène est réel, mesuré, et impressionnant. En 1900, ils étaient à peine une centaine à passer le cap des 100 ans en France. En 1970, un peu plus de 1 000. Aujourd’hui, l’Insee projette 200 000 centenaires pour 2070. Quant aux 105 ans et plus, ils étaient environ 2 000 en 2023. Si les chiffres restent modestes — moins de 0,15 % des décès annuels — leur progression rapide est surveillée de près par les scientifiques. C’est à ce stade que l’extrême rigueur entre en jeu. L’âge avancé rend les erreurs plus probables : actes d’état civil imprécis, confusion d’identité, ou mémoire défaillante. C’est pourquoi une base internationale, l’IDL (International Database on Longevity), validée par l’Ined, compile les cas les plus fiables. En France, c’est le RNIPP (Répertoire national d’identification des personnes physiques) qui alimente cette base avec les données certifiées de naissance et de décès.
Des femmes très majoritaires, un plafond encore flou
En 2020, sur les 924 personnes décédées à 105 ans ou plus en France, 843 étaient des femmes. Le rapport est écrasant : dix fois plus de femmes que d’hommes. Une inégalité qui s’explique par la surmortalité masculine tout au long de la vie. Pourtant, à la naissance, les garçons sont plus nombreux. Mais alors, jusqu’où peut-on vraiment vivre ? C’est là que les chercheurs se heurtent encore à l’incertitude. Certains défendent l’idée d’un risque de décès qui continue à grimper de manière exponentielle au fil des années, d’autres soupçonnent un plafonnement de la mortalité passé un certain âge. En clair : au-delà de 105 ans, meurt-on de plus en plus vite… ou de moins en moins ? La réponse reste à écrire. Mais avec des données toujours plus précises et des générations nombreuses à atteindre des âges avancés, les démographes auront bientôt de quoi y voir plus clair. Un jour peut-être, les supercentenaires ne seront plus une exception. Mais il reste à prouver qu’on peut aller beaucoup plus loin que Jeanne Calment et ses 122 ans.