LAGOS – Alors que les États-Unis réduisent leur aide étrangère, le Nigeria prend les devants. L’entreprise nigériane Codix Bio Ltd a annoncé qu’elle débuterait ce mois-ci la production de millions de kits de dépistage du VIH et du paludisme dans une nouvelle usine située en périphérie de Lagos. L’objectif est clair : combler le vide laissé par la diminution des financements de l’agence américaine USAID, jusque-là acteur clé dans la lutte contre ces maladies en Afrique.
Les États-Unis, qui figuraient encore récemment parmi les premiers donateurs mondiaux, ont revu à la baisse leur budget d’aide extérieure. Cette décision affecte directement les pays en développement, dont le Nigeria, principal bénéficiaire africain. En 2024, le financement américain au Nigeria s’élevait à 740 millions de dollars, largement consacré à la prévention du paludisme, à la lutte contre le VIH et à la distribution de vaccins dans les centres de santé du pays.
Dans ce contexte incertain, Codix Bio entend assurer la continuité des efforts sanitaires. Son directeur général, Olanrewaju Balaja, a déclaré que la nouvelle usine lancera dès la fin juin ses premiers kits de test, en partenariat avec le laboratoire sud-coréen SD Biosensor et avec l’appui technique de l’Organisation mondiale de la santé. L’usine, implantée à Iperu-Remo, dans l’État d’Ogun, a été conçue pour répondre à une demande massive sur le marché nigérian et dans toute la région ouest-africaine.
« Nous devons renforcer notre souveraineté sanitaire », a affirmé Balaja, soulignant l’importance pour le Nigeria de ne plus dépendre exclusivement de l’aide internationale pour ses priorités de santé publique. Cette initiative arrive alors que le gouvernement nigérian a lui-même promis de mobiliser des fonds locaux pour maintenir certains programmes menacés par les restrictions budgétaires américaines.
La capacité initiale de production de Codix Bio permettra la mise sur le marché de millions de tests rapides, essentiels pour un diagnostic précoce dans des zones rurales ou mal desservies. Cette relocalisation stratégique de la production sanitaire pourrait constituer une avancée majeure pour la résilience du système de santé africain, souvent dépendant de chaînes d’approvisionnement mondiales vulnérables.