Aux Arrentès-de-Corcieux, petit village des Vosges de 180 habitants, l’eau du robinet est désormais impropre à la consommation. La préfecture a ordonné mardi 14 octobre son interdiction après la découverte d’un taux de Pfas, ces « polluants éternels », sept fois supérieur à la norme autorisée. Les analyses ont révélé une concentration moyenne de 0,73 microgramme par litre pour les vingt principales substances perfluoroalkylées, alors que la limite fixée est de 0,1 microgramme.
Des bouteilles distribuées en urgence et une population sous le choc
Depuis mercredi, chaque habitant reçoit 1,5 litre d’eau en bouteille par jour, fournie par la communauté d’agglomération de Saint-Dié-des-Vosges. À la mairie, les habitants viennent récupérer leurs packs d’eau dans le garage communal, transformé en point de distribution. « On se doutait que la nouvelle allait provoquer des questions et des inquiétudes », confie la maire, Virginie Lalevée, qui a élargi les horaires d’ouverture pour faire face à l’afflux. Les réunions publiques organisées la veille ont laissé un sentiment d’incompréhension. « Les gens ont du mal à admettre qu’il ne s’agit pas d’une simple bactérie, mais de substances chimiques persistantes », explique l’élue. Les Pfas ne se dégradent pas et peuvent s’accumuler dans l’environnement comme dans l’organisme humain. Leurs effets sur la santé incluent un risque accru de cancer, de troubles de la fertilité et d’anomalies de développement chez le fœtus.
Une contamination liée à l’industrie textile
Selon les associations Générations futures et Vosges Nature Environnement, la source de pollution serait liée aux rejets d’une usine de blanchiment textile située près de Gérardmer. Les effluents industriels, après traitement, sont épandus sous forme de boues sur des terres agricoles, parfois au-dessus des nappes alimentant le réseau public. Des épandages similaires auraient été pratiqués jusqu’en 2012 dans la zone même où se trouve la source du village, mise en service dans les années 1980. Ce cas s’ajoute à d’autres contaminations constatées récemment dans les Ardennes et la Meuse, où plusieurs communes ont également dû cesser de distribuer leur eau potable. Pour Pauline Cervan, toxicologue chez Générations futures, « ces situations illustrent l’urgence d’un suivi strict des Pfas dans les boues d’épuration et la nécessité d’interdire leur épandage ». En attendant le rétablissement d’une eau conforme, les habitants des Arrentès-de-Corcieux devront continuer à se ravitailler en bouteilles.