Après l’alerte de la Cour des comptes, quelles pistes pour sauver la Sécu ?
Après l’alerte de la Cour des comptes, quelles pistes pour sauver la Sécu ?

Menacée d’une « crise de liquidité » dès 2027, la Sécurité sociale doit rapidement trouver des ressources et maîtriser ses dépenses. Dans son rapport annuel publié lundi, la Cour des comptes propose plusieurs mesures, dont certaines risquent de se heurter au mur du calendrier parlementaire.

Maîtriser les dépenses hospitalières et sanitaires

La Cour cible d’abord la facture hôpital : le recours à l’intérim des professions paramédicales a triplé entre 2019 et 2023 pour atteindre 472 M€. Elle recommande de limiter ces embauches coûteuses au strict nécessaire. Autre suggestion : utiliser avant péremption les 2 Mds de masques chirurgicaux stockés depuis le Covid, en autorisant leur distribution gratuite aux hôpitaux—une manœuvre pour l’instant impossible faute de cadre légal. Le transport sanitaire constitue un autre dossier brûlant : les dépenses ont franchi 6,74 Mds€ en 2024, avec un bond de 45 % pour les taxis conventionnés (3,07 Mds€). La nouvelle convention voulue par l’Assurance maladie est en cours de renégociation, mais le gouvernement, sous la pression des chauffeurs, craint de devoir concéder sur la date d’application (1ᵉʳ octobre) ou sur le niveau des économies attendues.

Recettes nouvelles : mutuelles, participation des assurés, primes

Pour renflouer les caisses, la Cour plaide pour un effort accru des complémentaires santé et un partage plus large des coûts avec les assurés, même si cela revient à « sanctionner ceux qui sont malades pour de bonnes raisons », comme l’observe l’économiste Laurent Cappelletti. Elle propose également de soumettre à cotisations sociales les primes d’intéressement et de participation — une mesure capable de rapporter près de 3 Mds€ annuels.

Invalidité, retraite et cumul emploi-retraite

La Cour pointe les fortes disparités départementales dans la gestion des pensions d’invalidité et préconise une harmonisation des pratiques. Elle plaide aussi pour un durcissement des conditions de cumul emploi-retraite avant l’âge légal, afin d’alléger la charge des retraites versées aux assurés encore actifs.

Réorganiser le système de soins

Enfin, Nicolas Revel (AP-HP) estime que la vraie économie viendra de la suppression des actes inutiles et de la réorganisation du suivi des patients chroniques, tel que suggéré dans une note de Terra Nova ce lundi. Mais, sans consensus politique, cette réforme de fond paraît difficile à concrétiser avant l’échéance de 2027. Alors que le gouvernement ne dispose pas d’une majorité stable à l’Assemblée, adopter ces « mesures structurelles » s’annonce périlleux : tout arbitrage cet automne devra composer avec le risque politique d’une nouvelle dose d’efforts imposés aux assurés et aux soignants.

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